Interview Hideo Nakata, président du jury au Festival de Gérardmer

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Président cette année du festival de Gérardmer, le cinéaste Hideo Nakata et son jury ont récompensé l’horreur graduelle de Isolation et le classicisme de Fragile. Deux visions de l’angoisse qui correspondent parfaitement à celles du virtuose japonais. Lors d’un entretien, il confie ses obsessions, ses peurs, sa cinéphilie.

Le Festival de Gérardmer
C’est un honneur pour moi d’avoir été choisi pour être le Président de cette manifestation. J’en ai gardé d’excellents souvenirs, notamment pour le grand prix décerné à Dark Water. L’idée de regarder des films pendant une durée déterminée ne me dérange pas dans le sens où ces neufs films, sélectionnés par le festival, m’inspirent à des degrés divers et le fait de recevoir un hommage m’honore au plus haut point.

Ses premiers pas
Je suis entré au studio Nikkatsu et à l’époque, c’était il y a 20 ans, il ne produisait que des films érotiques qui sauvaient le studio de la faillite. J’étais assez fasciné par cet univers et impressionné par le travail de certains réalisateurs. Malheureusement, par la suite, beaucoup d’entre eux n’ont pas pu trouver d’autres projets. Quand je suis devenu réalisateur, on ne faisait plus des films comme cela. Du coup, je n’ai fait que deux films érotiques direct-to-video avant de me plonger dans le genre fantastique. Quand j’ai réalisé le premier Ringu, j’espérais que le film soit un succès et que bien entendu il touche le maximum de monde, mais j’étais loin d’imaginer qu’un jour, tout ceci prendrait une telle ampleur.

L’eau dans ses films
Ce n’est pas de la superstition. Mais le Japon est une petite île où nous avons parfois des événements douloureux : des tsunamis, des typhons, des crues de rivière. Cela a des effets délétères. C’est pour cette raison que nous avons des craintes précises vis-à-vis de l’eau, qui est une source de vie mais qui peut engloutir. Au Japon, certains pensent que les fantômes apparaissent dans des lieux mystiques. Ils auraient soi disant besoin d’humidité et ne pourraient pas apparaître dans des lieux secs. C’est certainement une superstition.

La peur au cinéma
Alfred Hitchcock a souvent réussi à faire très peur dans ses films. On peut capter l’attention du spectateur et si ce spectateur peut ressentir la peur du personnage principal, alors le résultat est d’une efficacité redoutable. Mais, comme Hitchcock, je compare souvent la peur à l’érotisme. Nous sommes à deux excitations : le sexe et la peur. C’est normal étant donné que c’est quelque chose d’assez primitif. Je perçois le sexe et la peur comme intrinsèquement liés. Au cinéma, quand je filme des actrices qui passent de la sensualité à la peur, c’est un rapport que je réduis souvent à une forme de sadomasochisme. La peur génère toujours l’excitation parce qu’elle représente une part d’inconnu qui nous trouble et nous menace. Mais pour être totalement franc, ce n’est pas un genre que j’affectionne. Quand je fais des films fantastiques, j’ai besoin d’être stimulé par le travail des autres, de manière à ce que je puisse être dans une humeur que je qualifierais d’horrifique. Par exemple, je pense à Tokaïdo Yotsuya Kaidan, de Nobuo Nakagawa, que j’ai vu à plusieurs reprises pour faire Ringu.

Les films qu’il aime
Quand j’étais étudiant, j’étais très cinéphile. Je suis tombé follement amoureux de Lettre d’une inconnue, de Max Ophuls alors que c’est à mille lieues des films que je réalise. J’ai dû voir ce film quinze fois dans ma vie. Et je l’ai regardé sept fois en une semaine. Je devais être assez dépressif pour le regarder encore et encore parce que je le trouve d’une tristesse absolue. C’est probablement d’ailleurs ce film qui m’a poussé à faire ce que je fais aujourd’hui. Dans les autres chocs, je citerais M. Le maudit, de Joseph Losey que j’ai découvert pour la première fois à Londres au British Film Institute. J’étais à la fac et j’étudiais le cinéma britannique. Je voulais étudier les grands classiques et j’ai décidé de m’attaquer au cinéma de Joseph Losey. J’ai eu l’opportunité de le voir ainsi que plusieurs autres de ses films, car ce réalisateur est très méconnu au Japon. En toute sincérité, je préfère la version de Losey à celle de Fritz Lang.

Les femmes qui traversent ses films
La première fois que l’on m’a posé cette question, c’étaient des femmes journalistes de Singapour qui s’intéressaient beaucoup au personnage féminin capable d’éduquer seul un enfant. Je ne suis que le réalisateur de mes films et non le scénariste. C’est sans doute des coïncidences, mais je pense que si j’ai de l’affection pour cette thématique, c’est parce que j’ai été élevé par ma mère. Mais je n’ai pas envie de rentrer dans les détails. Ma vie personnelle ne doit pas influer sur mon travail. C’est peut-être cette sensibilité qui me permet d’apporter de l’émotion aux personnages et aux situations.

Ses rêves de cinéaste
C’est précisément la comédie que je crains le plus comme genre à expérimenter parce que je ne m’en sens pas capable. À vrai dire, je serais incapable d’évaluer moi-même mon propre travail. Pour moi, La maison démontable est un film d’horreur. On peut se moquer du personnage, mais les circonstances auxquelles il est confronté sont dignes d’un film d’horreur. Mon rêve secret serait de réaliser un grand drame familial lyrique. J’ai récemment revu Qu’elle était verte ma vallée, de John Ford. Ce film en possède toutes les grandes qualités.

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