Interview Frederic Temps, L’etrange Festival Reboot

Frédéric Temps, directeur de L’étrange festival, et son équipe proposent pour cette 15ème édition une sélection extrêmement riche et variée afin de séduire les cinéphiles avides de curiosités. Première partie de l’entretien, basée sur la préparation de cette manifestation très attendue qui commence dès demain au Forum des Images à Paris.

L’étrange festival revient enfin. Pourquoi une si longue absence?
Nous en avons profité pour développer L’étrange festival en province, à Lyon (Cyril Despontin) et à Strasbourg (Philippe Lux). Nous avons également voulu consolider la partie musicale qui est un des pôles majeurs depuis la création du festival. La seule différence depuis l’arrêt temporaire du festival à Paris, c’est la vitesse à laquelle les copies disparaissent. De toute évidence, et j’en ai parlé avec des conservateurs de la Cinémathèque, la copie en 35 mm va disparaître à moyen terme et on se dirige vers de l’exploitation en vidéo. Pour le film de genre, ça pose un problème pour trouver les films. Ce qui a toujours été le cas, historiquement. Beaucoup de spectateurs trouvent flatteur dans la programmation de L’étrange festival que les films soient montrés dans des copies rares, mais ça devient de plus en plus difficile. Je sais que nous sommes attendus au tournant après deux ans d’absence et on a essayé de frapper fort pour ce retour avec un maximum de films très attendus pour certains, sans doute intéressants pour d’autres spectateurs parisiens.

Comment programme-t-on L’étrange Festival ?
La programmation de L’étrange festival se fait avant tout au feeling. Rien n’a changé de ce côté-là. Les deux ans d’arrêt n’ont pas du tout enclenché une quelconque remise en question sur la manière de travailler ou même les envies de programmation. On peut très bien travailler une programmation sur cinq/six ans avant de pouvoir y arriver. Pour donner un exemple sur cette édition, il y avait deux thématiques qui nous semblaient importantes et qui ont finalement été retardées parce que, justement, certaines copies étaient manquantes. Ce qui serait bien, ce serait d’arrêter de faire comme on a fonctionné pendant trop longtemps, en reportant des hommages ou des idées à l’année prochaine et finalement de ne pas les faire parce que d’autres envies sont venues se greffer. J’ai le sentiment, sans prétention aucune, que le travail que l’on développe depuis 17 ans n’est pas tellement suivi par des concurrents ou des gens qui voudraient emprunter la même démarche que nous. Donc on a toute la chance en prenant le temps nécessaire afin de placer ce que l’on veut. La différence pour cette année, c’est que, plus que jamais, nous avons une programmation très liée aux avant-premières. Nous pensons que c’est un point important pour les spectateurs. Comme ce fut le cas au tout début du festival, il y a fort à parier que beaucoup de distributeurs seront dans les salles pour acheter certains films après. Je pense à quelqu’un comme Pieter Van Hees qui, avec Left bank et Dirty Mind, n’est pas encore reconnu pour l’instant et devrait a priori exploser à un moment donné. Ça peut être l’une des grandes surprises de cette année ; ce qui renvoie à ce que l’on avait fait au début du festival avec des artistes comme Alex Van Warmerdam ou les frères Quay. C’est aussi notre fonction de réhabiliter des auteurs et d’en faire découvrir d’autres. Par définition, je confirme qu’il n’y a pas tellement de changement dans la manière dont on travaille.

Comment, par exemple, choisit-on de rendre hommage à Franco Nero?
C’est une tradition chez nous de célébrer ce genre d’artistes. On l’a fait pour Udo Kier, Barbara Steele, Jean-Louis Trintignant. N’oublions jamais que le festival a été créé à la base sur une envie de voir à l’écran ce que nous, en tant que spectateur lambda, voulions voir et que nous ne trouvions pas ailleurs. On entre quelque part dans notre jardin secret, dans notre chambre personnelle de cinéphilie. Au lieu d’avoir des cassettes vidéo ou des Divx dans les mains, on prend les copies les plus belles possibles, de standards professionnels, pour les montrer au public le plus large possible. Faire un hommage à Franco Nero n’est pas un effet de style. Ce n’est pas une revendication opportuniste en pensant que ça va fonctionner. On pense juste que Franco Nero est un homme important pour une culture bis et de genre dans ces trente dernières années. Il n’est pas forcément reconnu à sa juste valeur. C’est un peu notre profession de foi de faire ressortir le respect pour ce type de comédiens ou de personnalités de cinéma. D’autres vont préférer rendre hommage à Claudia Cardinale et tant mieux. Mais je pense que c’est essentiel de ne pas oublier d’autres gens aussi importants dans l’histoire du cinématographe. Si personne ne le fait, alors c’est à nous de le faire.

Combien de temps réclame la préparation de ce festival ?
Comme on travaille sur du long terme, ça se définit très en amont. Je peux déjà dire que, pour l’année prochaine, je suis sur deux très gros coups. Vont-ils se faire ou pas ? Cela dépendra du calendrier. Pour cette édition, on avait quelque chose de très attendu au niveau des invités. Pour des raisons indépendantes de ma volonté, ça a été décalé à l’année prochaine. On est vraiment tributaire du planning des autres. Peut-être que ça irait beaucoup plus vite si on était une manifestation de «catégorie A», reconnue à travers le monde, avec une remise de légion d’honneur au passage – ce que l’on pourrait essayer d’improviser pour s’amuser. Dans le cadre de cette édition, c’est monté sur six mois. Au début, on commence à discuter des orientations possibles. Après, il est toujours possible de se planter. Les gens peuvent perdre les droits, les copies peuvent disparaître et on ne sait pas comment. La recherche des copies, c’est une traque à la Indiana Jones.

La collection «pinku» est très attendue…
L’un des points forts de L’étrange festival, ça a été la redécouverte du patrimoine de films de genre japonais des années 50/60/70. Il s’avère que Wild Side, le distributeur, vient de faire l’acquisition d’une très belle sélection d’un catalogue de la Nikkatsu durant la période 70/84. Ces films ont été restaurés pour l’occasion par les Japonais. Il n’y a plus aucune copie en 35 mm qui circule. Aujourd’hui, les masters restaurés sont les meilleurs. On a réfléchi, on a vu ces films, on les a choisis. Le cycle s’est crée de cette façon. C’est une nécessité absolue de voir tous les films que l’on va présenter. Prendre un film que je n’ai pas vu juste pour créer le buzz, ça ne me plaît pas. Pour être cohérent dans sa programmation pour des films de genre, il ne faut pas se manquer.

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