[INTERVIEW F.J. OSSANG] Entretien avec un cinéaste punk et poète

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1916

Influences
«Mon truc, au départ c’est la poésie. La poésie en mutation. Debord disait que la poésie n’est pas au service de la révolution, mais la révolution au service de la poésie. Déjà, Breton avait essayé de faire essaimer la poésie un peu dans tous les champs. Donc j’ai essayé d’appliquer cette approche poétique à travers le son et l’image. Je suis passé au rock and roll, à travers le punk qui avait permis une espèce d’émancipation, d’agitation généralisée, le cinéma permettait d’ouvrir le champ des possibles. J’ai quand même vécu des années merveilleuses, disons entre 17 et 27 ans.

On me parle souvent de BD, mais pour moi, c’était essentiellement E.P. Jacobs, et surtout Hergé que j’ai lu et relu. Le point commun, c’est les films des années 20. Ce qui est traumatisant dans l’histoire du cinéma, c’est de découvrir qu’un Fritz Lang ou un Murnau de cette époque, c’est démentiel: tournage, cadrage, montage, tout est parfait, tout est déjà là, et il n’y aura quasiment aucune évolution pendant les 100 ans qui suivent. Des cinéastes comme eux ont hanté beaucoup de gens.

Je me souviens d’un musicien à Toulouse au début des années 80, qui accompagnait Le cabinet du docteur Caligari juste avec un piano. Il était complètement hanté. Lui et des gens comme Caro, bien sûr, qui est excessivement brillant. Je me sens proche de lui par la musique, parce qu’il avait aussi son groupe Parasite. Et puis dans toute la musique de ces années-là, il y avait une fascination de cinéma, de Dada et des avant-gardes des années 20, comme en témoignent des groupes comme Bauhaus. Même dans le rock’n roll, il s’est passé la même chose parce que le punk a tout cassé, avant de revenir avec le rockabilly, la musique industrielle. En fait, c’est une vitalité de ne pas avoir peur de revenir aux années 20, de mettre en oeuvre la théorie de William Burroughs dans Révolution électronique. Puis il y a les machines. C’est vrai qu’il est sidérant de voir qu’on faisait dans les années 80, 90, le même cinéma que dans les années 20 avec des machines beaucoup plus légères.

L’Aurore de Murnau, qui est une référence de Docteur Chance, c’est un prodige de machinerie qui montre aussi l’avance du cinéma allemand de cette époque par rapport au cinéma français. Les artistes innovants se réincarnaient d’un medium à l’autre…»

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