« Bad Boys 2 », Kathryn Bigelow et Peter Jackson vus par Edgar Wright

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Donnant des interviews express au dernier festival de Cannes pour son Hot Fuzz, Edgar Wright arrive à notre rendez-vous en retard, en sueurs, affamé comme un tigre. Un peu comme nous. Ce qui le fait tenir ? Un amour infini pour le cinéma et… La France. D’ailleurs, il rêve de s’installer à Paris : «Je suis allé de nombreuses fois chez Nigel Godrich, le producteur de Radiohead et de Air qui est un ami. Il a un sublime appartement parisien à Montmartre et je rêve d’avoir le même. Je me suis installé quelque temps chez lui après le tournage de Hot Fuzz et je me suis régalé.» Et le cinéma dans tout ça ? Concentré de films policiers et d’action passés à la moulinette parodique, Hot Fuzz témoigne d’un amour du genre. Entre son sandwich et son café (il est quatre heures de l’après-midi, il fait une chaleur étouffante et tout le monde crève la dalle), il évoque ses inspirations entre deux souvenirs cinéphiles en les assumant sans mauvaise foi.

Qu’est-ce qui vous fascine dans Bad Boys 2, de Michael Bay ?
La raison pour laquelle nous avons choisi Bad Boys 2 en toile de fond pour le récit vient carrément du fait qu’on trouve le film trippant pour sa capacité à détruire tout ce qui a déjà été fait dans le genre auparavant. Il a réclamé une somme colossale quand on y repense. Je crois même que c’est le film policier qui a coûté le plus cher. Quand on le voit, il faut quand même dire la vérité : on en a pour son argent. Ça explose de partout et les dialogues sont d’une bêtise jouissive. Michael Bay a un goût certain pour l’accumulation des événements et des effets, ce n’est pas étonnant de le voir éclater un nombre impressionnant de voitures. Avec des ambitions pareilles, c’est sûr qu’on ne réalise pas le meilleur film du siècle et je comprends parfaitement ceux qui ont passé les pires heures de leur vie en regardant ça, mais Bay et sa bande ont réalisé un rollercoaster pour les geeks. Rien de plus.

Après le phénomène Shaun of the dead, vous aviez déjà l’intention de remettre le couvert en réalisant un actioner movie dont la tonalité serait purement parodique ?
Oui. J’adore le cinéma fantastique mais j’ai toujours été un grand fan de films policiers avant tout qui plongent dans l’univers des flics confrontés à des tueurs en série ou des menaces qui dépassent. Qu’ils proviennent de n’importe quel pays. Je regarde tout ce qui se passe aux Etats-Unis comme ailleurs. Ça reste un genre qui manque cruellement en Grande-Bretagne. En Europe, ça a l’air de bouger un peu plus : je sais qu’en France, il y a une nouvelle vague de cinéastes qui œuvrent dans le genre.

Demain, ils passent Cruising, de William Friedkin, à la Quinzaine des réalisateurs. Vous l’avez vu ?
Hélas, jamais. Si vous me dîtes qu’il passe demain, je pense que je vais essayer de tenir jusqu’au bout de mon périple à Cannes. J’ai longtemps essayé de mettre la main sur ce film pour ses rumeurs bizarres, mais c’est un film qu’on ne trouve pas facilement. Je me souviens juste de la bande-annonce édifiante qui annonçait un film complètement barré. Si le film est à son image, tant mieux. Sinon, vous connaissez ce film policier français avec Daniel Auteuil ?

36, quai des orfèvres ?
Oui, j’ai ouï dire que c’était excellent. On vient de me filer le dvd pour que je le regarde.

La seconde influence majeure de Hot Fuzz, c’est Point Break, de Kathryn Bigelow.
En ce qui me concerne, c’est un classique. Beaucoup de cinéphiles aujourd’hui n’ont pas peur de le considérer comme culte et ils ont raison. C’est un film de malade, brillamment mis en scène et interprétés par des acteurs de feu. Je conserve d’excellents souvenirs de ce film, notamment la scène où ils franchissent les murs des jardins. On l’a reprise dans Hot Fuzz mais de manière détournée et rigolote. À Los Angeles, j’ai eu l’opportunité de rencontrer Kathryn Bigelow. Elle est même venue voir Hot Fuzz et elle a adoré.

Dans quelle mesure Chinatown, de Roman Polanski, a constitué une révélation dans votre parcours de cinéphile ?
Il y a effectivement des références explicites à Chinatown dans Hot Fuzz mais elles ne sont généralement décelées que par les cinéphiles pervers qui connaissent sur le bout des doigts le film de Polanski. Le cinéma de Polanski est impressionnant dans sa capacité à créer le trouble. Pour Hot Fuzz, on voulait à tout prix une atmosphère mystérieuse voire suspicieuse de conspiration. Lorsqu’on me parle d’«atmosphère mystérieuse» au cinéma, je pense immédiatement à ce film. J’aime beaucoup la construction du scénario qui est faite de révélations inattendues et de coups de théâtre manipulateurs. L’utilisation de la lumière rouge lorsqu’ils sont à l’arrière de la voiture est représentative de cette volonté de créer une ambiance louche qui contraste avec l’humour. Là, je pense à des cinéastes comme David Lynch ou Quentin Tarantino dont je suis un fan ultime. Des films comme Twin Peaks et Kill Bill utilisent cet effet en montrant un personnage ouvrant un coffre de voiture dans une lumière inquiétante. Le cheminement d’un personnage qui pénètre dans un petit village régi par le mal peut évoquer The Wicker Man dont nous avons repris certains éléments ou même la littérature de H.P. Lovecraft.

Quel est votre David Lynch préféré ?
Probablement Mulholland Drive. Sans doute parce que je connais très bien Justin Theroux que j’ai également rencontré à Los Angeles. La vérité, c’est que je connais surtout son cousin parce que nous étions logés au même hôtel. C’était génial de pouvoir parler avec lui de David Lynch.

Vous avez vu INLAND EMPIRE ?
Pas encore. J’attends d’avoir un peu de temps pour le découvrir tranquillement.

Comment avez-vous réussi à convaincre Cate Blanchett de venir faire un cameo ?
Cate Blanchett est venue me voir directement parce qu’elle était fan de Shaun of the dead. Elle aussi, je l’ai rencontrée à Los Angeles à une fête. Je dois vous donner l’impression que je me la pète en disant à chaque fois que j’ai rencontré telle ou telle star à Los Angeles mais c’est totalement vrai. Lorsqu’on a écrit le scénario de Hot Fuzz, on a commencé d’emblée à traiter les problèmes entre le flic incarné par Simon Pegg et sa petite amie. Sur le moment, on a pensé que ce serait marrant d’avoir une actrice connue qui soit cachée et qu’on ne reconnaîtrait pas. Le fait qu’on ne voit pas son visage et qu’elle ne soit pas créditée ôte la pression des studios. Nous avons gardé le secret pendant longtemps. Sur le tournage, les acteurs qui jouaient cette scène avec elle n’étaient pas au courant qu’il s’agissait de Cate Blanchett.

Et Peter Jackson ?
Lui aussi, il apprécie beaucoup Shaun of the dead et tout ce que je peux dire, c’est que j’adore ce qu’il a fait, depuis ses débuts. Je suis fan du Seigneur des agneaux et de Créatures Célestes. Mais je garde toujours une préférence coupable pour Braindead. J’ai découvert ce film alors que j’étais au lycée et ça m’a totalement retourné parce qu’on voyait un mec qui allait jusqu’au bout de son délire en déversant des tonnes d’hémoglobine tout en faisant rire les gens. Je suis profondément admiratif de cette audace. En Angleterre, le succès du film n’a hélas pas été retentissant. J’adore aussi le fait qu’il réalise des films différents les uns des autres. Si Bad Taste entretient de vraies relations avec Braindead, ce n’est pas le cas avec Heavently Creatures. Et puis, c’est un homme humainement génial.

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