Interview Béatrice Dalle (« A l’intérieur »)

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Béatrice vit, tourne et surprend toujours. Tant mieux pour elle, tant mieux pour nous.

La série B, c’est quelque chose de nouveau pour vous ?
On ne m’en a jamais proposée. C’est un genre rare en France. Et puis peu importe ce que les garçons me proposaient, j’avais envie de travailler avec eux. Ils m’ont donné envie de les suivre, je l’ai fait et je ne regrette rien.

En général, vous choisissez souvent les réalisateurs avec lesquels vous tournez par rapport à ce qu’ils ont fait avant.
Je fais toujours ça. Quand ce sont des premiers films, je me fie à l’échange humain. C’est l’aventure qui m’intéresse. Après, tu mets la même histoire avec deux balourds derrière, ça fait un film balourd.

Ça vous a fait quoi de retravailler avec Nicolas Duvauchelle après l’avoir littéralement bouffé dans Trouble Every Day ?
C’est tellement mon pote dans la vie. Maintenant, je fais tous mes films avec Nicolas Duvauchelle. Il m’impose sur les siens, je l’impose sur les miens. C’est comme ça qu’on fonctionne maintenant.

Le cinéma de genre vous a toujours intéressée ?
Oui, si je devais dire une référence, ce serait Massacre à la tronçonneuse. C’est un film dans lequel tu peux croire à ce qui se passe. T’arrives dans une famille de psycho. Je n’aime pas quand il y a des zombies ou des extra-terrestres. La science-fiction, ça me saoule. Alors que dans ce film, tu y crois parce que l’héroïne n’a plus de conscience et elle est devenue dingue. La preuve, c’est ce que j’ai fait enlever dans le scénario, ce sont les dialogues. Je devais insulter Alysson lorsque je voulais rentrer dans la maison et qu’elle ne voulait pas. Ce n’est pas quelqu’un qui est fâchée, c’est quelqu’un qui a perdu sa conscience. Comme un animal.

Vous diriez qu’il y a plus de tendresse que de brutalité dans votre personnage ?
Carrément. Ce n’est pas quelqu’un de méchant. Elle n’a plus de conscience, elle veut cet enfant par tous les moyens. Par moment, je suis presque maternelle avec elle. Elle n’est pas mauvaise. On ne peut pas dire des grands serial-killer qu’ils sont méchants. Ils sont malades, c’est autre chose.

Vous aimeriez qu’on vous propose plus de scénarios dans ce genre ?
Je pense qu’il y a un vrai renouveau du cinéma de genre qui risque d’arriver grâce à ce film. J’ai vu Calvaire, de Fabrice du Welz, qui est un film belge. J’ai adoré. Il m’a même proposé son prochain long métrage. Ça me branchait beaucoup à la base mais c’est en anglais et je ne parle pas anglais. Je ne peux pas, ce n’est pas ma langue maternelle, je n’ai aucune émotion si je me mets à jouer en anglais. Je le parle très mal. Pour Jim Jarmusch et Abel Ferrara, ça ne me dérangeait pas vu que c’était en français. T’as vu son nouveau film ?

Oui. Je l’ai même interviewé hier.
Et ça a donné quoi ?

Il a tenu dix minutes et il est parti en plantant l’interview. Selon l’attaché de presse, c’était un record.
Ah oui mais Abel, c’est ça. En interview, ça ne m’étonne pas. Sur le tournage, c’est pareil. Par moment, il rentre dans le champ alors qu’on est en train de tourner la scène et il se met à parler. Je me demande comment ils arrivent à monter ses films. Mais le résultat est là, ses films sont vachement bons.

Vous conservez un bon souvenir de Black Out ?
Du film, en général, oui. Lui, il est assez lourd à certains égards. Ce qui n’a rien à voir avec la qualité du film que je trouve super. Il n’y a rien à dire. Maintenant, peut-être que la fin justifie les moyens. Pour les Etats-Unis, il y a Shyamalan, le réalisateur de Sixième Sens et Incassable, qui m’envoie chacun de ses scénarios. Et ça ne date pas de Sixième Sens. C’est depuis son premier long métrage qui n’est jamais sorti en France. Il est accro. De toute façon, je ne veux pas me barrer aux États-Unis parce que j’ai mon mari en France et je ne pourrais pas le voir.

Un cinéaste qui est amoureux de vous devrait vous donner envie de tourner avec lui, non ?
Si, si. Mais déjà, faut qu’il arrête de faire des films avec Bruce Willis. Parce que lui, j’ai un problème. Sérieux, il me gâche tout. Je le trouve sans intérêt. Quand tu vois qu’il fait des films de super-héros et que lorsqu’il monte les marches à Cannes, il demande un renfort de sécurité de peur qu’il lui arrive quelque chose. Je crois qu’Armaggedon est la plus grosse merde qui existe. Les Bronzés, à côté, c’est rien.

Y a-t-il une catégorie de personnages qu’on ne vous a jamais proposée et que vous aimeriez qu’on vous propose ?
Hors de question. Pour moi, il n’y a pas de personnage. C’est une personne qui va me donner envie de faire un film. Sincèrement, je me fous de ce qu’on me propose. Pour A l’intérieur, je n’avais pas lu le scénario avant de rencontrer Alex et Julien. Ça me saoule de lire les scénarios. Si les gens me plaisent, je vais dans leur aventure jusqu’à l’échafaud si les gens détestent. Je le soutiens jusqu’au bout. Je sais que je ne me trompe pas. Jusqu’à présent, j’ai toujours fonctionné comme ça et ça me réussit plutôt. J’ai fait 35 films, je suis fière de tous. Sauf un que je trouve pourri. La preuve, j’avais lu le scénario avant. Une connerie. Il y a John Malcovich qui fonctionne de cette façon aussi. Ce n’est pas le plus mauvais.

Vous aimez soutenir les premiers films ?
J’en ai fait plein des premiers films. Regarde Honoré, j’avais fait 17 fois Cécile Cassard et on parle de lui pour la Palme d’or avec Les chansons d’amour. Je n’ai pas vu le film mais j’apprécie la démarche d’aller jusqu’au bout du trip. Personnellement, les comédies musicales m’insupportent. Maintenant, quand tu aimes ça, pourquoi pas. Je sais qu’il adore Demy. Ce mec-là a fait des comédies musicales toute sa vie. On pense ce qu’on en veut, c’est personnel, mais en tout cas, Demy, il n’a jamais lâché l’affaire.

Pour 17 fois Cécile Cassard, vous étiez entrée dans un lac gelé sans faire appel à une doublure.
Tout le monde peut faire ça.

Pas beaucoup d’actrices feraient ça, ni même n’auraient accepté de jouer ce que vous faites dans A l’intérieur.
Bah alors dans ce cas, il faut changer de métier. C’est clair qu’il y a des acteurs qui refusent de jouer des homos. Je trouve ça d’un ridicule. Les risques sont tellement limités dans notre métier. Il y a plein de gens qui ont des métiers à risque. Pour les acteurs, il ne faut pas déconner. On est préservés comme des perles dans une huître. Je trouve ça honteux les acteurs qui se plaignent, qui font la gueule ou qui ne signent pas d’autographe. Pour qui ils se prennent ?

Ils vous ont recommandé de voir des films avant le tournage ?
Dès le deuxième rendez-vous, ils m’ont amené des tonnes de dvds des films les plus trash. Dans le lot, j’ai adoré Nekromantik [de Jorg Buttgereit]. Tu sens qu’il n’a pas de thunes mais tu t’en fous. Les effets spéciaux sont pourris mais tu t’en fous. Je trouve ça d’une poésie inouïe. Son nom de famille est imprononçable, je n’arrive pas à le retenir.

Ils vous ont montré les films qu’il avait réalisés après celui-ci ?
Les salopards, ils ne me les ont pas donnés. J’ai vu Nekromantik 2 mais je préfère le premier. Je trouve cette scène finale où le mec éjacule lorsque la nana le poignarde, énorme. Les Ring, je connaissais très bien. Mais ma préférence absolue va pour Massacre à la tronçonneuse. Tous les détails qu’ils ont mis dans la baraque de Leatherface. T’as le crochet ou encore les poules qui sont rangées dans des cases plus petites que leur taille donc elles ne peuvent pas bouger. C’est juste très cruel.

Qu’est ce qui vous fait peur au cinéma ?
Depuis que je fais du cinéma, je n’arrive plus à croire aux films. Je n’arrive pas à avoir le recul, je vois la technique et ce que j’aurais préféré voir. Je peine à voir un film dans des conditions normales. À jouer, c’est un régal. Malgré le maquillage, j’ai rarement autant ri sur un plateau de tournage. Quand tu fais des films aussi trash, t’es obligé de faire n’importe quoi. Avec Nicolas, comme on est très copains tous les deux, on faisait beaucoup de conneries.

Quelles sont, selon vous, les qualités de Julien et Alex en tant que metteurs en scène ?
Je dirais que ce sont deux connards (elle explose de rire). Non, ils sont super complémentaires. Bustillo, c’est le cafard et Julien, c’est le sage. Je les trouve super touchants. Il n’y a pas beaucoup de thunes sur un premier film. Quand à la fin d’un tournage ils viennent te voir les larmes aux yeux pour te dire qu’ils sont contents, ça touche au plus profond de soi.

Vous avez vécu beaucoup de situations similaires ?
Oui, d’autant que ça me touche beaucoup ce genre de réactions. Par exemple, j’ai une passion pour Michael Haneke qui est d’une froideur inouïe. Je l’appelle le grand-père Noël triste. Je me souviens d’une scène très longue où j’avais un dialogue super compliqué. Avec ma collègue, on l’apprend dans notre chambre, on répète, on arrive sur le plateau et en fait, Haneke nous dit que ce n’était pas le bon texte. Après, j’ai une grande scène avec Chéreau. Haneke vient me voir après. En général, il ne dit jamais rien. Cette fois, il est venu me féliciter. C’est la première fois que je voyais Haneke faire un compliment. Je suis allée à la cantine me chercher une glace en sautant comme une gosse tellement j’étais contente. J’arrive sur le plateau. Quand je pars, je veux que le metteur en scène soit super heureux. Qu’il ne soit pas juste satisfait. Je veux leur donner plus que ce qu’ils m’ont demandée.

Quelle a été votre réaction en voyant le film ?
Je savais que ce serait bien. Tu t’en rends compte pendant que tu tournes en général. Je l’ai regardé avec Alysson et Nicolas. Et toutes les secondes, il me balançait une grosse connerie à l’oreille. Je trouve ça immense qu’on puisse réaliser un film pareil en France.

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