Difficile de résumer le personnage Josiane Balasko. Ou même de résumer lapidairement un caractère très trempé et une filmographie très dense démarrant sur des chapeaux de roue avec l’apparition remarquée dans Le Locataire, de Roman Polanski (« à l’époque, la directrice de casting recherchait un boudin »). Prenant forme avec toute l’équipe du Splendid (les cultissimes Bronzés, Le père Noel est une ordure). Continuant avec la réalisation (Sac de noeuds, Ma vie est un enfer, Gazon Maudit) et l’un de ses plus beaux rôles au cinéma (Trop belle pour toi, exercice de style Buñuelien de Bertrand Blier, où la « belle » Balasko se disputait Depardieu avec la « moche » Carole Bouquet). Dirigée par Guillaume Nicloux, elle a retrouvé un second souffle. Tout d’abord, dans Cette femme-là, où son personnage endeuillée, seule face à ses démons, confondait dangereusement réalité et fantasme. Aujourd’hui, dans La clef, où elle reprend ce personnage et impressionne une nouvelle fois dans le registre de l’émotion. Entre fumées de cigarettes et éclats de rires tonitruants, une interview carrière s’imposait pour résumer un parcours plus paradoxal que prévu en zigzaguant des essais Polanskiens aux cauchemars de Nicloux. En passant par la révélation marquante chez Blier avant de finir sur Coluche, son frère de coeur.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de retravailler avec Guillaume Nicloux?
Guillaume travaille assez vite donc quatre mois après la sortie de Cette femme-là, il a pensé à un sujet où Thierry et moi réapparaîtrions. Mais le sujet a beaucoup évolué entre le moment où il dit ça et maintenant. C’était drôle parce que les premiers jours de tournage, j’étais repartie dans le personnage de Cette femme-là. Et Guillaume m’a conseillé d’être plus détendue (elle rit). Elle est moins déprimée que dans Cette femme-là.
Quelle a été votre réaction à la lecture du script de La clef?
J’avais lu plusieurs versions qui ont beaucoup évolué. Au départ, quand on commence à lire le scénario, on découvre tout comme les spectateurs. J’ai trouvé ça très bien. C’est comme dans la direction des acteurs, il dirige peu mais reste très précis. Enfin, je dis peu parce que je connaissais déjà mon personnage. Sauf qu’il est moins dans le drame. Durant les premiers jours de tournage, il m’a demandé si je pouvais tenter de faire un sourire (rires). Il sait très bien ce qu’il veut, c’est faux finalement quand je dis qu’il dirige peu. Je le compare souvent à Bertrand Blier parce qu’il y a la musique Nicloux. Il faut immédiatement trouver la musique. Le plus dur, c’est pour un acteur qui débarque dans son univers et doit trouver la musique. Guillaume avait été très attiré par le personnage que j’incarnais dans Trop belle pour toi. Il a été cherché une image différente de ce que l’on montrait de moi.
Est-ce que d’autres cinéastes ont pris exemple sur lui en vous envoyant des scénarios où vous incarneriez un rôle aux antipodes de ce que l’on vous propose usuellement?
Entre Cette femme-là et La clef, j’ai fait beaucoup de comédies. J’ai incarné Marguerite Duras par exemple pour la télévision. C’était très intéressant de jouer cette femme même si ça n’avait rien de comique. Non, je ne peux pas dire que j’ai eu de propositions «dramatiques». Théoriquement, je dois faire Françoise Dolto pour la télé, ce n’est pas non plus un personnage comique. Disons que ça a élargi la vision que les gens ont de moi. Mais ce n’est pas immédiat. Les gens ne viennent pas vous proposer d’autres rôles dramatiques en vous ayant vu dans un rôle dramatique. Vous savez, il y a eu presque trente ans entre Trop belle pour toi et Cette femme-là (rires). Etant donné que je travaille beaucoup, je fais mes spectacles, j’écris mes films, je ne vais pas accepter n’importe quoi parce que je peux m’en passer.

