Présenté en Compétition à Gérardmer et au BIFFF, Host de Rob Savage prend les atours d’un court cours de spiritisme (moins d’une heure) lors d’une réunion Zoom. Soit un film d’horreur 2.0 pendant le confinement. Elle est là, l’angoisse en 2021?
C’est l’histoire de six amis qui engagent une médium (ayant de gros problèmes de connexion) pour une séance de spiritisme sur Zoom pendant le confinement. Alors que tout démarre dans une ambiance déconneuse à base de défis (une gorgée lorsque le mot astral est prononcé) et de filtres tendance, la situation dégénère quand ils réalisent qu’ils ont laissé entrer un esprit maléfique chez eux. Il faut prendre avec beaucoup d’indulgence ce petit film d’horreur qui fait actuellement la tournée des festivals online (Gérardmer et BIFFF). On ne comprend pas très bien pourquoi ces amis en goguette veulent absolument faire une séance de spiritisme, à part se foutre les jetons entre eux alors que leur solitude en soi (ou leur nouveau couple mal accordé) est a priori déjà angoissante. Mais acceptons, en fermant les yeux, le postulat, nous rappelant, de toute façon, qu’un confinement trop long peut avoir des effets redoutables sur l’ennui existentiel.
Host est parti d’une blague: durant le premier confinement, le réalisateur Rob Savage a fait une farce à ses amis lors d’un apéro-Zoom en faisant semblant d’être attaqué par quelque chose dans son grenier. Du coup, il a enregistré la réaction de ses amis qui assistaient à l’attaque, avant de rire de bon coeur. La blague lui a donné envie de faire un film d’horreur façon Blair Witch/Grave Encounters/Unfriended tourné durant le confinement, en grande partie improvisé. En revanche, pas question de prendre le genre à la rigolade: ça commence par les (habituels) problèmes de connexion, puis la médium disparaît comme par magie, puis les chaises bougent, puis les jambes d’un ou d’une pendue sont aperçues dans un grenier… Et ainsi de suite. Comme redouté, la séance de spiritisme tourne très mal et, comme soupçonné, la discussion via Zoom joue sur notre frustration: non seulement on ne voit pas tout (le hors-champ pratique) mais surtout il faut faire gaffe à tout ce qui se passe chez tout le monde simultanément, façon split-screen post-Time code de Mike Figgis. Ce qui est malin puisque du coup, on peut faire avaler toutes les couleuvres que l’on veut, comme un démon invoqué en raison d’une blague de très mauvais goût.
Vous êtes ainsi pris en otage d’une interminable séance de zoom à laquelle vous avez eu le malheur d’appuyer sur le bouton «accepter». Outre l’efficacité de l’instant (on trouve ça con mais on regarde quand même), deux choses que l’on aime assez dans cet océan d’images en flux et en interactions humaines – que la machine Zoom devra à un moment donné couper (amusante ironie). On rit devant cette médium des Carpates vivant manifestement dans le sous-sol de la peur qui comprend au bout de trois tocs tocs à la porte que, oh bah tiens, c’est le livreur qui devait passer qui a du retard (?). Et on apprécie sincèrement les silences du film qui certes font flipper mais surtout sont incommodants, embarrassants comme de suivre une personne aux toilettes à son insu alors qu’elle est filmée. Ces moments de flottement où l’on pense ne pas être épié sont les meilleurs du film. Quelque chose d’impudique dont nous sommes les voyeurs patentés. Ce sont ces instants en creux, n’obéissant à aucune mécanique, qu’il aurait fallu creuser pour nous emballer pleinement, à l’image de cette idée passionnante de l’image trafiquée avec un double, donnant lieu au meilleur effet horrifique du film.
Seulement, ce n’est pas spécialement ce qui passionne son auteur: il s’agit de donner dans le spectacle pur, moins de jouer avec toutes les possibilités offertes par les écrans, les flux, la contamination de l’angoisse… Sur ce coup, c’est vraiment trop court. En termes de dramaturgie, il est clair que le spectateur est sollicité pour remplir les blancs tout seul, en se créant lui-même des histoires à dormir debout. Témoin de la séance de spiritisme sans qu’on lui ait demandé l’envie d’y participer ou pas, c’est à lui de s’imaginer ce qui se passe à la fin, frustrante comme il faut, sauf pour les malins qui feront un arrêt sur image. Paradoxalement, Host est l’un des rares films qui gagne à être vu seul, la nuit, devant son écran d’ordinateur avec son imagination débordante pour se faire peur, proche de l’auto-suggestion et de la prophétie autoréalisatrice: ce que l’on redoute au fond finit par se produire. L’expérience a le mérite d’être courte (moins d’1h) et le film de se détruire aussi rapidement qu’il se regarde (une fois vu, il est vite oublié). Pour le réalisateur et son équipe, c’est de toute évidence une bonne carte de visite. Pour le spectateur, c’est la promesse de peu de temps perdu. En attendant la suite qu’on imagine rapidement emballée.

