[HALSTON] Que vaut la mini-série Netflix de Ryan Murphy inspirée du sulfureux couturier américain?

La mini-série éponyme Halston, dernière prod Ryan Murphy, suit un grand créateur de mode (Ewan McGregor), alors qu’il crée un empire mondial de la mode inspiré par un seul nom: son deuxième prénom, synonyme de luxe, de sexe, de statut et de célébrité, définissant l’époque dans laquelle il vit, le New York des années 1970 et 1980.

Ah que revoilà la sous-préfète! Infernal Ryan Murphy, distribuant ses séries comme des cartes à jouer! On a à peine fini le dernier show que le nouveau se pointe déjà. Prends un caisson à oxygène et take a deep breath, darling bordel. Après l’historie revisitée de Hollywood et les méchantes infirmières de Ratched, on redescend un peu sur terre: Halston, c’est un peu le Saint-Laurent de Bertrand Bonello mais à la sauce Murphy, mini(mini) série de cinq épisodes racontant le rise & fall d’un créateur de mode au poignet leste. Il faut dire qu’avec la profusion de la mode française et italienne, on ne peut pas dire que Roy Halston soit un nom très renommé dans notre pays. Pas grave, on se couchera moins con(ne): chapelier très en vue par les Karen dans les années 60, le bonhomme fait un tabac avec le couvre-chef de Jackie Kennedy. Plus tard, il tentera de monter son empire (engageant même durant un temps feu un Jojo Schumacher accro au speed!), réinvente la silhouette féminine, l’imaginant aérienne, libre, devient le meilleur pote de Liza Minelli, s’entiche de la poudre blanche et développe une haine délirante pour Calvin Klein.

La comparaison avec la figure de YSL n’est pas innocente; le parcours de Halston évoque beaucoup celle du couturier français, avec le même mélange de gloire et de déchéance durant l’âge d’or du disco, amant toxique respirant le cul à plein nez inclus (Victor Hugo, son Jacques de Bascher à lui). Mais à la différence de Yves, qui aura duré bien plus longtemps, Halston a sorti les rames pour se construire et se réinventer, son parcours donnant même l’impression d’un succès éphémère, ralenti et cabossé par les tonnes de coke et la guillotine nommée Sida, dont il mourra au début des années 90. On scrute l’inspiration vacillante de l’artiste, ses salves de créations (dont la construction émouvante d’un parfum débouchant sur l’image mémorable de Vera Farmiga sniffant un jockstrap à plein poumons), ses coups de génie et ses caprices, mais aussi ce paradoxe entre l’envie de préserver l’image d’un artiste sans entraves et son envie de money-money.

Même au moment de sabrer le champagne, le bord du gouffre n’est jamais loin. Pour incarner ce dandy prétentieux et têtu, on est venu siffler l’acteur à la filmo la plus gay-friendly du cinéma anglo-saxon, à savoir le toujours fringuant Ewan McGregor, qu’on avait déjà vu tourner autour des messieurs dans I love you Philips Morris, The Pillow Book ou Velvet Goldmine. Avec l’impudeur et la malice qui l’ont rendu célèbre, il délivre ici un numéro irrésistible de prince de la mode sassy, dont Murphy ne dissimule jamais les travers et l’irresponsabilité. Plus étonnant, par contre, est la relative sobriété de l’ensemble: c’est fluide et beau, certes, mais ça ne tombe jamais dans l’orgie visuelle et pop qui tendait les bras à un tel capharnaüm. Les scènes au Studio 54 sont brèves et la b.o a le bon goût de ne pas cracher tous les tubes Nostalgie (même si on y entend Fade to Grey, du Moroder, un formidable morceau méconnu de Yazoo et que tout se termine sur du Cocteau Twins: le goût, les enfants). Comme si le mot d’ordre était de retrouver l’élégance du travail du couturier. Cric crac dans ta baraque: ça se déguste très simplement, sans bousculade, sans épiphanie non plus, telle une belle page wiki brillamment illustrée. C’est un peu pour ça qu’on était là au fond. J.M.

Les articles les plus lus

spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!