[FESTIVAL DE CANNES 2022] Nos pronostics

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Alors que le Festival a déjà divulgâché le nom de quelques gros poissons (Top Gun: Maverick de Joseph Kosinski, Three Thousand Years of Longing de George Miller, Elvis de Baz Luhrmann), voici cette année encore nos pronostics pour cette 75ᵉ édition, partagés entre indéboulonnables valeurs sûres et coups de pokers farfelus. Une liste qu’on mettra à jour régulièrement, alors que le précieux sésame sera annoncé le 14 avril prochain par Titi Frémaux et un Pierre Lescure sur le départ.

Tchaikovsky’s Wife – Kirill Serebrennikov
Libéré, délivré, Kirill Serebrennikov viendra sans délégation russe au Festival cette année (faut-il vous dire pourquoi?) pour présenter son nouveau film, un an après cette projo de La Fièvre de Petrov qui avait divisé la Croisette entre les pasionarias et les énervés qui s’étaient déplacés avec leur sac à vomi. Le film évoquera le mariage catastrophique de Antonina Milioukova, une des élèves du maître au Conservatoire de Moscou, une union pour le moins toxique puisque le compositeur (le Tchaikovsky du titre), qui cherchait avant tout à cacher son homosexualité, écrivait à son frère: «Physiquement, ma femme m’inspire à présent une répulsion totale». Un film aux accents kenrsusselliens que votre aimable rédac’ attend avec une certaine impatience.

La Montagne – Thomas Salvador
Qui dit Prix à la Création de la Fondation Gan 2020 dit aussi Semaine de la Critique 2022, selon un adage que nous venons tout juste d’inventer. Après le déjà lointain Vincent n’a pas d’écailles (2015), Thomas Salvador est de retour aux affaires avec une distrib des plus alléchantes (Louise Bourgoin, Martine Chevallier, Laurent Poitrenaux) et Le Pacte pour assurer la sortie. Ajoutons à cela le nom de Naïla Guiguet au scénario (son court Dustin avait bien circulé en festivals après avoir été montré… à la Semaine!) et vous pouvez déjà être certain du très haut potentiel cannois de cet attendu projet. Voici pour le pitch: l’histoire de Pierre, parisien de quarante ans, est en déplacement professionnel à Chamonix. Subjugué par la beauté des cimes, il laisse de côté sa vie d’en bas, s’installe un bivouac en haute montagne et décide de ne plus en redescendre. Devenu un « habitant » de la montagne, il assiste à l’effondrement d’une immense paroi rocheuse, et découvre parmi les décombres d’étranges créatures lumineuses.

Les 5 Diables – Léa Mysius
Un film où l’on retrouve les chéwies Adèle Exarchopoulos, Daphné Patakia et Noée Abita n’a pas juste des chances d’atterrir sur la Croisette: il a été téléguidé par un Thierry Frémaux en mode Mabuse pour défendre les couleurs françaises en compèt’ (on vous avoue qu’on n’a aucune confirmation sur ce titre, mais tous nos confrères – internationaux compris – sont en train de s’exciter dessus…) Jean-Louis Livi a produit ce deuxième long-métrage qui attise une certaine curiosité, 5 ans après le prometteur Ava (2017), qui avait mis sur orbite la jeune réalisatrice, devenue bras droit scénaristique (et même bien plus d’ailleurs) de Arnaud Desplechin, Jacques Audiard et Claire Denis does not care depuis. Jean Labadie s’occupera de la sortie (décidément) et Sally Drame, Swala Emati et Mosutapha Mbengue (Amin) complèteront ce cast de fou furieux. Le pitch – qu’on croirait écrit par Jessica Hausner – a tout pour emballer le comité de sélection cannois. Vicky, petite fille étrange et solitaire, a un don : elle peut sentir et reproduire toutes les odeurs de son choix qu’elle collectionne dans des bocaux étiquetés avec soin. Elle a extrait en secret l’odeur de sa mère, Joanne, à qui elle voue un amour fou et exclusif, presque maladif. Un jour Julia, la sœur de son père, fait irruption dans leur vie. Vicky se lance dans l’élaboration de son odeur. Elle est alors transportée dans des souvenirs obscurs et magiques où elle découvrira les secrets de son village, de sa famille et de sa propre existence. Pourquoi pas!

Godland – Hlynur Pálmason
Après Winter Brothers et Un jour si blanc (deux films dont le Chaos vous avait dit le plus grand bien), notre cher Hylnur tentera la passe de trois dans un grand festival avec Godland, une histoire d’ambition, de religion, de famille et de revanche se déroulant à la fin du XIXe siècle, avec un jeune prêtre livré aux affres de la tentation, du pêché, et d’une très très hot histoire d’amour. Tout ça est suffisamment fourre-tout pour qu’on n’attende pas grand-chose du pitch, mais on mise énormément sur ce titre, surtout après le récent détour berlinois (c’était pour défendre un court-métrage) du prometteur réal islandais dont on peine à retenir le nom.

Amore Mio – Guillaume Gouix
Ça sent très fortement la Semaine de la Critique pour ce premier long de l’acteur – acteur aux déjà deux courts, rappelons-le, passés il y a un petit moment par Cannes et par Venise – qui verra Alysson Paradis, Elodie Bouchez, Félix Maritaud et le jeune Viggo Ferreira-Redier faire les cons pendant de très funky séances du photo-call. On imagine une comédie au ton doux-amer pour ces retrouvailles entre deux soeurs pas vraiment proches qui vont se redécouvrir lors d’un road-trip improvisé post-enterrement. Vous ne nous ferez pas croire qu’Ava Cahen, qui avait reçu Guillaume Gouix et Alysson Paradis lors d’une séance de son (toujours très bon) Woody Club, ne mettra pas la main sur ce titre prometteur pour sa première. Pas à nous!

Showing Up – Kelly Reichardt
Après sa «première vache» qui a fait le tour du monde (et des tops de fin d’année), la Palme pour notre Kelly? Les pronostiqueurs de la planète voient mal comment cette locomotive du cinéma d’auteur pourrait échapper à la Compétition, où il y a peu de chances que la dame (dont on a longtemps pensé qu’elle et Richard Kelly ne faisaient en fait qu’un…) soit mal reçue. Avant le vernissage de son exposition, le quotidien d’une artiste et son rapport aux autres, le chaos de sa vie va devenir sa source d’inspiration… Si même Allociné mentionne le terme chaos, c’est que le film, qui marque une nouvelle collaboration avec notre chatoune Michelle Williams, est pour nous. Avec la machine A24 à la distrib’ derrière, qui devrait être assez présente on the Croisette cette année.

Une femme de notre temps – Jean-Paul Civeyrac
Celui-là, on le tient de notre confrère toujours très avisé de Wask (Thomas boule de cristal Gastaldi), qui sait que le film a beaucoup plu aux «personnes de Cannes à qui il a été montré» (nous n’avons pas dit que nos infos étaient toujours précises). Avec Sophie Marceau dans le leading role, nous sommes forcément un peu intrigués, nous qui ne savons toujours pas si Civeyrac est un génie (Mes provinciales) ou un escroc (nous avions quitté la salle à son cacochyme Des filles en noir afin de préparer notre baccalauréat ES en 2010). La Marceau nous campera ici une commissaire de police parisienne d’une très grande intégrité morale, qui se découvre soudain un tempérament creepy après la découverte de la double vie de son mari. ARP Sélection sera à la manoeuvre pour orchestrer le bouzin. En compèt?

Armageddon Time – James Gray
La rumeur enfle de plus en plus autour de ce gros poisson américain, dans une cuvée 2022 où les monstres sacrés (Tarantino, Scorsese, PTA, Fincher, Lynch et cie) ne seront pas là. Malgré l’histoire houleuse qui l’unit à la Croisette, où ses films sont toujours repartis bredouille, Gray a pourtant mis toutes les chances de son côté pour finir ce nouveau diamant à temps. Darius Khondji sera chargé d’éclairer et de resuciter le Queens des années Reagan, pour l’un des pitchs les plus intrigants de cette édition: Milieu des années 1980, le quartier du Queens à New York est sous l’hégémonie du promoteur immobilier Fred Trump, père de Donald Trump, le futur président des Etats-Unis. Un adolescent étudie au sein du lycée de Kew-Forest School dont le père Trump siège au conseil d’administration de l’école et dont Donald Trump est un ancien élève. Si De Niro et Cate Blanchett ne sont finalement pas de la partie (TAISSSSSS-TOI LE PUBLIC DES CESARS), on retrouve au cast Anne Hathaway, Anthony Hopkins et Jeremy Strong. Sans grande surprise, Gray a cité les deux monstres du cinéma autobiographique en guise de référence: Amarcord et Les 400 coups sont assurément des films auxquels j’ai beaucoup pensé pendant que je travaillais, et Armageddon Time s’inscrit dans l’esprit de ces oeuvres – c’est un film très ouvert, chaleureux, humain, qui donne envie d’aimer les gens qui l’habitent”. Le deuxième Licorice Pizza de cette année?

Don Juan – Serge Bozon
Et si le Bozon nous faisait une petite percée en compétition? Cet habitué des sélections parallèles ajoute actuellement les dernières touches de vernis à cette comédie musicale où figurent Tahar Rahim et Virginie Efira (voilà pourquoi le film pourrait aussi filer vers la Quinzaine en cas d’embouteillage du côté de l’Officielle). Comment apporter du neuf sur ce personnage déjà maintes fois adapté à l’écran? En inversant les rôles, pardi! En 2022, le gentlemen célibataire de Molière ne passe plus son temps à courir les jupons féminins: il projette obsessionnellement le visage de son ex sur toutes les femmes qu’il rencontre… Un film ARP Sélection qui verra également Alain Chamfort, Damien Chapelle et Jehnny Beth (chanteuse du groupe anglais Savages) participer à ce grand dégingandage collectif. Frémaux et Lescure peuvent déjà préparer leur petit jeu de jambes annuel en haut des marches…

Les Enfants des autres – Rebecca Zlotowski
Sauf séisme de magnitude 8, notre Rebecca va découvrir les joies de la Sélection officielle, emboitant le pas à Justine Triet, Valérie Donzelli et autres Julia Ducournau, elles aussi passées par la Semaine de la Critique avant de tutoyer le palais des dieux. Rachel, une femme sans enfant campée par l’inévitable Virginie Efira (encore!), développe un lien profond avec Leila, la fille de son compagnon. Brinquebalée entre sa vie d’enseignante, ses amis, son ex et ses leçons de guitare, la Rachel va vite voir son désir de maternité s’intensifier auprès de Leila… Nous pouvons déjà vous dire qu’il s’agira du film le plus personnel de Zloto, dans lequel elle a aussi casé Roschdy Zem, Victor Lefebvre, Chiara Mastroianni, ainsi que son papa Michel, le fameux Michel Zlotowski, le meilleur traducteur de France, qui se charge d’ailleurs chaque année de transvaser en anglais l’interminable conf’ de Thierry Frémaux pour la presse internationale… Pierre Lescure, membre du jury du Festival de Deauville 2013 avec Rebecca, ne terminera pas son mandat sans faire ce petit présent à la cinéaste. Voulez-vous prendre les paris?

L’immensità – Emanuele Crialese
Le film Pathé avec Penelope Cruz cette année ne sera pour une fois pas signé Pedro Almodovar, mais Emanuele Crialese, dont le Respiro avait marqué la Semaine de la Critique en 2002. L’immensità se passe à Rome dans les années 70, où la famille Borghetti vient de prendre ses quartiers. Malgré ce récent emménagement avec rooftop au dernier étage, Clara et Felice ne s’aiment plus. Ils n’arrivent pourtant pas à se quitter. Et avec ça, Clara doit faire face aux “troubles dans le genre” de son aînée, Adriana… Ça sonne très telenovela dit comme ça mais nul doute que Penelope Cruz et le cachet Italie 70s garantissent de bonnes chances en compétition (vous le sentez comme moi, ce doux parfum de Vespa colorée et de semifreddo au chocolat meringué?). Bon ça, c’est si Penelope Cruz n’est pas intronisée présidente du Jury entre-temps, comme une rumeur assez persistante le prétend.

Novembre – Cédric Jimenez
Après le scandale Bac Nord et avant de s’attaquer à la captivité d’Ingrid Betancourt, Cédric Jimenez fera son retour à Cannes avec Novembre, qui vous plongera au coeur de la lutte antiterroriste au moment du carnage de l’automne 2015. Le casting sent plus le tapis rouge que la ceinture d’explosif téléguidée par Daech: Jean Dujardin, Michaël Youn, Sandrine Kiberlain, Jérémie Renier, Marine Vacth, Anaïs Demoustier, Sofian Khammes, Stéphane Bak, Lyna Khoudri, Alice Isaaz… Oui, on se croirait dans un film de Maïwenn, or Thierry Frémaux a-t-il déjà dit non à un film de Maïwenn? Déjà le plus beau tapis rouge (alerte attachés de presse qui se la racontent) de cette année.

Triangle of Sadness – Ruben Östlund
Il était déjà présent dans nos pronostics de l’an dernier, vous ne verrez donc pas d’inconvénients à ce qu’on reprenne dans les grandes lignes notre texte d’alors. La Palme la plus clivante de la décennie écoulée étant revenue à The Square en 2017 (plus chahutée encore qu’une consécration pour un Ken Loach), nombre d’entre vous seront dégoûtés en apprenant que le Ruben a enfin terminé le montage de son prochain opus, là encore une satire ambiance Pinçon-Charlot: «Un couple de mannequins ultra-riches fait une croisière en compagnie d’un capitaine de bord (Woody Harrelson) 100 % marxiste…». Sauf que le yacht fait naufrage, et que les rapports de force s’inversent… Premier long en langue anglaise pour le papa de Snow Therapy, dont le rond de serviette à Cannes est établi depuis près de 15 ans maintenant. Mais la tentation vénitienne est également évoquée ici ou là…

Close – Lukas Dhont
Diaphana va sortir ce deuxième long-métrage qui pourrait gagner à nouveau les sièges d’Un Certain Regard (souvenez-vous les cris d’horreur entendus en salle Debussy au moment où le personnage de Lara nous sort sa paire de ciseaux dans Girl!). Un film qui pourrait même espérer une place en catégorie A tant le jeune auteur plaît à nos sélectionneurs (il fit d’ailleurs partie du jury UCR en 2019). De quoi cause ce film featuring Emilie Dequenne et Léa Drucker? De l’amitié fusionnelle entre deux garçons de treize ans, Leo et Remi, soudain mise à mal par leur passage à l’adolescence. Essayant de comprendre ce qui s’est passé, Leo cherche du réconfort en se rapprochant de la mère de Remi, Sophie. “Un parcours de pardon, de vulnérabilité et d’amour”: le film sera sûrement beaucoup moins tarte que ce que la fiche Allociné nous laisse entrevoir!

Tori et Lokita – The Dardenne Brotherz
En Belgique, deux migrants se battent pour conserver leur amitié face à l’épreuve de leur exil. Comme vous n’êtes pas spécialement impatient de voir celui-ci, et que nous ne savons pas trop nous-mêmes quoi en penser (un film labellisé Dardenne ne peut pas vraiment être une purge, mais peut-il encore nous emballer?), nous ne ferons aucune glose additionnelle sur ce titre.

Decision to Leave – Park Chan-wook
Pas tout à fait fini en mai 2021, le nouvel opus de ce fidèle festivalier (souvenez-vous du phénomène Old Boy en 2004 et du petit Tarantino alors président du Jury qui bouillonnait sur son strapontin!) est finalisé depuis un bon moment, et attend sagement la liste du 14 avril. Bac Films accompagnera ce «thriller romantique» qui réunira deux visages que les fans de ce site connaissent bien, Park Hae-il (Memories of Muder, The Host) et Tang Wei (Lust, Caution, Hacker). Un honnête policier enquête sur une mort suspecte survenue dans une montagne. Bientôt, il commence à soupçonner la femme du défunt tout en étant attiré par cette dernière… On voit mal comment un machin pareil pourrait louper la rampe de lancement cannoise, qui n’est vraiment pas avare en produits manufacturés sud-coréens.

Crimes of the Future – David Cronenberg
C’est comme le Wes Anderson ou le Paul Verhoeven l’an passé: ça fait longtemps que le film a sécurisé sa place en sélection, d’autant que la perspective d’un tapis rouge réunissant les abonnés Léa Seydoux, Kristen Stewart et Viggo Mortensen fait déjà frétiller l’ensemble des photographes du pays. Une fresque SF qui devrait, attention spoiler, faire se mélanger l’organique et le mécanique (!), comme l’indique ce synopsis: dans un futur proche, les Hommes ont appris à vivre sans leur enveloppe corporelle. L’Humanité est désormais capable de modifier sa composition biologique et notamment de se métamorphoser. Le performeur Saul Tenser en a fait un spectacle. Avec sa partenaire Caprice, il dévoile en temps réel à ses adeptes l’ablation et la transformation de ses organes. Tout récemment, la Seydoux en disait plus à nos confrères de Numéro: «Il a été tourné en Grèce et se passe dans un univers dystopique où il n’y a plus de maquillage, où les gens se nourrissent de plastique et ont des organes qui poussent. C’est assez farfelu.» Lanthimos, sors de ce corps!

Rodeo – Lola Quivoron
Dans notre catégorie «ce-serait-très-étonnant-qu’il-n’y-soit-pas», voici un premier film français que certains journalistes américains placent très haut (ça parle de Sélection officielle et même de Compétition chez nos confrères d’ordinaire bien informés…). Soit «Le portrait d’une jeune femme survoltée, qui compense ses peines par la pratique de la moto et va se brûler les ailes au contact d’une bande de riders marginaux» indique via Facebook la production, qui n’est autre que le CG Cinéma de Charles Gillibert, à peine remis du multi-récompensé (et palme d’or Chaos 2021) Annette. Un pitch qui évoque les couchers de soleil mélancoliques d’Ava (2017) et De l’or pour les chiens (2020), déjà produit par le père Gillibert. Le Protocole du Festival peut donc dès maintenant réserver des sièges pour tous les adeptes de «cross-bitume» de France et de Navarre, ainsi que pour les officiels de la région Nouvelle-Aquitaine, le film ayant été tourné intégralement dans les environs de Bordeaux. Vous en entendrez parler très vite.

L’Envol – Pietro Marcello
CG Cinéma toujours, avec cette fois une superstar du cinéma d’auteur (Don Pietro!), pour un film tourné dans la baie de Somme, avec Le Pacte à la distrib’. Et pour couronner le tout, un casting de première classe qui donnerait des bouffées d’excitation à n’importe quel lecteur des Inrocks: Louis Garrel, Noémie Lvovsky, Yolande Moreau, les stars en devenir Juliette Jouan et Natascha Wiese, François Négret de De bruit et de fureur, Raphaël Thierry (de loin le meilleur second rôle actuel du cinéma français)… Normandie, 1919. Primo, un ancien soldat rescapé de la Première Guerre mondiale, et son enfant de huit ans, Juliette, vivent reclus dans le village de Longren. Un été, la petite fille malicieuse fait la connaissance d’un garçon de son âge, Jean, un riche héritier passionné par la conquête du ciel. Entre ces deux enfants rêveurs va se nouer un pacte secret, qui résistera au temps et aux tragédies. « Une histoire d’amour et de conquête du ciel, de jeux d’enfants et de rêveries, située dans la France de l’entre-deux-guerres, celles des grandes inventions et des jeunesses fauchées, et bien sûr filmée en pellicule, avec archives, musique, fougue et passion » ajoute la maison de Gillibert sur les réseaux sociaux. Après avoir fait la joie de Locarno et de Venise – et de nos copains de Shellac! – on voit mal comment le tour d’étape cannois pourrait être écarté. Seule ombre au tableau: le film est tiré d’un conte russe (Les Voiles écarlates), un pays dont, c’est bien connu, tous les habitants sont des méchants révolutionnaires ou de vilains oligarques…

Holy Spider (ex The Long Night) – Ali Abbasi 
L’homme qui nous avait retourné le cerveau avec Border (Prix Un certain regard 2018) est de retour avec un film de serial-killer qui attend sagement le feu vert du festival. Le serial-killer en question est un père de famille qui se lance dans sa propre quête religieuse, une recherche de pureté qui l’amène à «nettoyer» la ville de Mashhad (nord-Est de l’Iran) de la prostitution. En zigouillant toutes les femmes qu’il croise sur son passage, cela va sans dire… Idéal pour une petite Séance de minuit sanguinolente?

La Goutte d’Or – Clément Cogitore
Le film posant ses quartiers dans le 18ᵉ arrondissement parisien sera l’une des grosses tendances des mois à venir: outre ce nouveau BB de CC qu’on attend avec une grande impatience, vous verrez prochainement sur vos écrans Dead Man Shoes de Yohann Gloaguen (projet Wild West évoqué par Thierry Lounas ici même), ainsi que la première réalisation d’un attaché de presse célébrissime dont nous tairons le nom (nous pouvons juste vous dire qu’il s’appelle Hassan). Récompensé par le Prix du scénario (ex-Sopadin) en 2021, La Goutte d’Or racontera l’histoire de Ramsès (Karim Leklou), gérant d’un cabinet de voyance au nord de Paris. Habile manipulateur et un peu poète, l’homme a mis sur pied, telle une Élizabeth Teissier qui aurait chaussé des Stan Smith, un solide commerce de la consolation. L’arrivée d’enfants venus des rues de Tanger vient perturber l’équilibre de son petit bizness et du quartier… Diaphana sortira ce film produit par Kazak, tandem qui avait marqué les esprits l’an dernier en produisant un petit truc passé inaperçu intitulé Titane… Pas beaucoup de suspense quant à ce titre-là.

R.M.N. – Christian Mungiu
Ready or not? Tourné vraisemblablement à l’hiver dernier, le nouveau Mungiu va peut-être accrocher quelque chose au festival qui a fait de lui le souverain incontesté du cinoche européen (la Palme en 2007 avec 4 mois, 3 semaines et 2 jours, entre autres succès qui ont l’habitude de mettre tout le monde d’accord). Comme l’ensemble de nos collègues, on doit vous confier qu’on ne sait pas grand-chose de ce nouveau projet (nous ne valons parfois pas mieux que la concurrence). Mais que le tandem français à la manœuvre derrière (Why Not Productions et Le Pacte) devrait faire tout son possible pour acheminer la chose au Grand Théâtre dès le mois de mai. On met une petite piécette dessus.

Rascals – Jimmy Laporal-Trésor
Son court Soldat Noir, présenté à la Semaine en 2021 et nommé aux derniers César, vient tout juste de rafler un prix au Festival Itinérances d’Alès. Et son premier long, un «drame rock’n’roll et années 80», sera, lui aussi, porté par Manuel Chiche et ses Jokers, qui attendent désormais des bonnes nouvelles des sélectionneurs… Dans ce coming of age «à la dure» situé en 1984, moment de bascule où le rock vit ses derniers feux et où un truc qui s’appelle hip-hop commence à faire entendre sa voix (c’est l’année où Sidney prend ses quartiers sur TF1), une bande de gamins à la fraîche fuit les «territoires perdus» de la banlieue pour gagner la capitale. Le problème, c’est qu’au même moment émerge une autre bande de jeunes, les Boneheads, des skins ultra-violents qu’on croirait tout droit sorti d’un film d’Alan Clarke, et qui ne partagent pas vraiment les mêmes valeurs! L’un des films français qu’on attend le plus cette année, pour l’instant programmé au 23 novembre, mais ces choses sont loin d’être définitives, comme vous le savez…

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