Vous avez sans doute vu, au moins pour une brève image, The Other Side of the Box, court-métrage horrifique high-concept comme il en existe des centaines sur YouTube, mais qui a, lui, su trouver quelques millions de vues dans son concept intelligemment mené. Voilà que son cinéaste passe au long avec Imposters, récit d’un couple fraîchement installé dans une maison de campagne qui voit son bébé disparaître, puis retrouvé dans une étrange grotte, laissant vite place à tous les soupçons, à commencer par l’identité véritable du bambin retrouvé. De quoi annoncer un nouveau petit génie de YouTube prêt à dynamiter l’horreur en 2026 ?
Pas franchement, du moins si l’on en croit d’abord ses ambitions formelles qui, passé la très tendue et accrocheuse séquence d’introduction toute en contraste de teintes boisées, réduisent alors les intentions de mise en scène à un minimum efficace mais plutôt plat, sans trop de partis pris. Il y a là, qui plus est, au milieu des nombreux champs/contrechamps banalement filmés, l’impression d’un manque de moyens dans les cadres, capturant parfois certaines séquences dans un plan unique assez resserré, empêchant contrechamps et présence d’autres visages dans le plan, et limitant de fait sa propension à la tension tant on semble avant tout vouloir y emmagasiner toutes les informations avant le ressenti.
C’est donc à la lumière d’une photographie assez plate que l’on pénètre dans un récit aux atours tout aussi convenus, de la caractérisation superficielle de ce couple modèle états-unien aux fusils de Tchekhov posés çà et là sans prétendre à aucune subtilité ou discrétion, tant ils sont évidents et laissent aisément prévoir la suite. Maison lumineuse, freaks qui rôdent dans les alentours et enquête de police balisée : le déroulé du récit apparaît si commun qu’il laisse supposer la post-ironie, faisant parfois rire tant les événements étranges s’enchaînent sans que le calme ne soit inquiété, laissant forcément supposer dans cette évidence une bascule critique par la suite.
Il faudra malheureusement attendre une bonne heure avant de voir le tout dérailler, Imposters prenant le chemin d’un slowburn qui avance à tout petits pas, voire ne fait qu’avancer en cercle, répétant les mêmes éléments en boucle sans pour autant construire un mystère très épais, tout au plus un certain trouble dans les émotions en jeu. Forcément, c’est là la fragilité d’un mystère – « qu’est-ce qu’il y a de si étrange dans cette grotte ? » – construit sur une pirouette de scénario par omission dans laquelle se niche l’attente de connaître la réponse. Sans doute resserrer le long-métrage (qui donne parfois l’impression d’un court étendu) aurait-il bénéficié à l’idée, qui sait trouver par endroits, estompés dans la durée en dents de scie, des élans d’étrange bienvenus. On pense par exemple à la manie des personnages, lorsqu’ils sont isolés dans une pièce, de répéter une même phrase avant de la ressortir parfaitement lors de la discussion qui suit : de quoi susciter discrètement un trouble assez vertigineux et dévisser intelligemment ce cadre si propre. Il faut alors bien admettre qu’une fois dévoilé, le concept, que l’on ne divulgâchera pas ici, réjouit assez de sa simplicité très efficace. On va droit au but, malgré les maladresses dans sa réalisation et son aspect attendu (à nouveau les fusils de Tchekhov, même si propices à de jolis call-backs, vendaient un peu trop la mèche), et on s’amuse assez.
Difficile pourtant de ne pas rester sur sa faim tant le temps perdu à une montée en tension inefficace aurait pu permettre d’explorer l’idée très féconde vers des horizons encore plus troubles psychologiquement et des idées de mise en scène encore plus osées, ouvrant la porte à un propos de fond éminemment plus caustique. Car c’est sans doute là la véritable déception d’un film qui n’émaille que trop superficiellement le cadre faussement idyllique qu’il posait jusqu’ici. Bonne idée que de traiter de la violence de ces modèles dominants qui ne peuvent promettre qu’un bonheur factice, fondé sur le mensonge au conjoint comme à soi-même, et finalement la frustration de toujours envier l’autre, vouloir mieux.
Néanmoins, on eût aimé une attaque plus caustique, voire sadique, dans le geste, qui s’arrête ici à une question d’adultère et de performance masculine individualiste un brin trop littérale, hors d’une question de système, pour transformer l’essai. Reste donc au final, sans doute à l’image d’Imposters en général, un retour à l’illusion de départ assez mou dans sa velléité acide, pas encore à la hauteur de ses prémisses, mais au moins passagèrement amusant.
| Avec : Jessica Rothe, Charlie Barnett, Yul Vazquez, Bates Wilder, Thomas Parobek… Scénario : Caleb Phillips Photographie : Allie Schultz Montage : Nick Landa Musique : Alex Winkler Production : Joe Bandelli, Sarah Seligman |


