[Étrange Festival 2019] « Swallow », « Greener Grass », « Koko di Koko da »: merveilles chaos

Toujours plus de chaos à L’étrange Festival cette année avec trois objets frappés comme on les aime: Swallow, de Carlo Mirabella-Davis; Greener Grass, de Jocelyn DeBoer & Dawn Luebbe et Koko di Koko da, de Johannes Nyholm.

Swallow, de Carlo Mirabella-Davis
«I’m proud to swallow», disait feu Anna Nicole Smith. C’est aussi le crédo de Hunter, femme au foyer mimi comme tout, coincée dans une belle prison dorée. Pour apaiser sa conscience et maîtriser ses angoisses, elle avale tout ce qui lui passe sous la main, augmentant sensiblement de dose et de taille d’objet au fil de sa névrose. Malgré le pitch foldingue, il serait faire fausse route d’en imaginer du gros body horror Cronenbergien ou ultra bis: Swallow dirige plutôt ses phares sur le mythique Safe, de Todd Haynes, manifestement son influence première quant à son regard sur cette maison de poupée qui prend soudainement feu. On apprécie aussi la capacité du réalisateur Carlo Mirabella-Davis de sortir aussi de son modèle en fouinant dans cette pulsion d’auto-destruction tout en amenant vers un beau discours féministe. Pas assez chaos pour qu’on s’en relève la nuit en criant sur les toits, mais assez intelligent et maîtrisé pour qu’on ne l’oublie pas en un claquement de doigt.

Greener Grass, de Jocelyn DeBoer & Dawn Luebbe
Récompensées il y a quelques années au Festival de Clermont-Ferrand, les réalisatrices Jocelyn Deboer et Dawn Luebbe (toutes deux drôlement chaos dans la vie de tous les jours) gonflent leur court métrage dont les quinze minutes n’étaient clairement pas suffisantes pour ausculter l’univers délirant créé pour l’occasion. Amenant davantage de budget, elles apportent suffisamment d’idées et de consistances. Imaginez les scènes avec les bitches multicolores du Edward Scissorhands de Tim Burton revues par les Monty Python, ou une pub Barbie des 90’s tournée par John Waters (période 80/90), et vous aurez à peu près une idée de ce film non-sensique et absolument hilarant où tout le casting affiche des appareils dentaires flambant neuf. Le discours sur les suburbs et leurs desperate housewives n’est pas nouveau (peur du parent à qui tout échappe, matraquage du conformisme, angoisse de la dépossession et couple tétanisé), mais tout est barjo, absurde, criard. Un concentré de Camp qui aurait pu durer des heures, avec ses cheveux qui saignent, ce mari buvant l’eau de sa piscine, cette culotte portée autour du cou, ces bouches qui tressaillent de malaise… Pour nous, c’est LA révélation chaos de l’année.

Kokodi Kokoda, de Johannes Nyholm
Après Greener Grass, encore un court rallongé; ce qui, entre nous, n’est jamais bon signe… mais il faut croire que la malédiction est à nouveau brisée avec ce fabuleux Koko-di Koko-da. Donnant suite à son court Speldosan, Johannes Nyholm scrute la dérive d’un couple accablé par le deuil après la mort de leur petite fille. Le film débute comme du bon achtung-achtung serré façon Haneke/Osltund/Seidl avant de prendre un chemin très lynchien: au fin fond des bois, le funeste couple revit intensément le même cauchemar, coursé par un trio de personnages démoniaques et sadiques. Loin d’être un simple Un jour sans fin horrifique, voilà une farce atroce qui convoque sa propre imagerie de conte, avec une comptine envahissante qui traverse le film comme un avertissement sardonique et des démons lewiscarolien arrachés des pages d’un livre imaginaire. Un vrai film tordu, qui horrifie autant qu’il émerveille.

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