[Etrange Festival 2019] « Bliss » et « Furie » couleurs chaos

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Quoi de chaos à L’étrange Festival 2019? Pléthore de films, bien sûr, dont ces deux-là: Bliss de Joe Begos et Furie de Olivier Abbou.

Dans un Los Angeles crépusculaire, une peintre en manque d’inspiration et d’oseille compte bien se décoincer par voie nasale. Au bout de ses nuits d’excès, c’est une soif de sang qui l’attend bientôt. Alors que tout s’effondre, l’inspiration, elle, revient. Driller Killer et The Addiction, Les prédateurs ou encore Grave, en passant par Gaspar Noé et le gore splatch des 80’s: les références de Bliss sont hautement visibles… Ce qui pourrait légitimement exaspérer mais ce charmant bidule ne veut rien révolutionner, va à l’essentiel et s’assume pleinement en bon gros clip de cracked edgy. Au pays du bliss ça glisse, tout le métrage s’accapare une énergie digne d’un énorme hurlement dans les tympans. Après un détour par le fake old-school (les sympathiques Almost Human et The Mind’s eye), Joe Begos tourne son film dans un 16 mm crépitant et fiévreux. Un effort louable et si rare dans le genre qui donne au film une texture râpeuse qui donne envie de lui excuser tous ses travers.

Passons à Furie de Olivier Abbou. Réfugié à la télévision après un Territoires assez costaud, on est plutôt ravi de voir ce cinéaste revenir sur les (grands) écrans, surtout avec cette proposition de home invasion qui débute magistralement comme un bon vieux film d’ozploitation: cadre magnifiquement posé, beaux mouvements de caméras et un cauchemar intense qui s’installe, presque paisiblement, sans rien dire. Une famille y est expulsée de leur maison après de longs mois de vacances, incapables de récupérer leur dû sans passer par une paperasse encensée et se retrouvant littéralement enfermée dehors. Les références à Stray Dogs se dessinent alors, non sans craintes; le personnage principal et père de l’infortunée famille étant un prof calme, civilisé et propre sur lui qui voit les sirènes de la violence venir lui courir dans les esgourdes. À cela, Abbou apporte un propos politique trop rare dans le cinéma de genre français: le protagoniste, noir, a cherché à effacer sa couleur en se fondant dans la masse en devenant un «bon français», et voit ce désastre le renvoyer à sa première condition d’homme noir aux yeux de la société. Le tout arrosé de piques autour de la chère police française et de son administration kafkaïenne.

Grave chaos alors? Presque. Si la réalisation impeccable embarque le spectateur de la première à la dernière image, on est plutôt gêné par les quelques défauts d’écritures, en particulier une tripotée de méchants façon Les Tuches hardcore qui manquent plus d’une fois de faire virer le film au Z, mais aussi une allégorie, moins fine et moins intéressante que le propos social du film, sur le désir et la virilité retrouvée. L’action finit aussi par pâtir de ses maladresses, avec une scène de siège finale évitant certes le gore cracra, mais manquant aussi curieusement de brutalité, malgré une idée déviante repiquée (?) au très sale Dream Home (Ho-Cheung Pang, 2010). Bref, verre d’eau à demi-vide, ou à demi-plein, c’est selon. Mais on ne passe pas un mauvais moment.

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