En émulant parfaitement nos personnalités, nos souvenirs et nos rêves, l’intelligence artificielle ambitionne désormais de pouvoir conserver une version de notre conscience bien après la disparition de nos corps physiques. Mais si cette technologie en plein essor réalise son objectif d’une immortalité numérique, quelles seront les conséquences? Le documentaire Eternal You, projeté au Festival de Sundance, montre comment des entreprises avides de profits jouent déjà sur la vulnérabilité de personnes endeuillées, en leur proposant de pouvoir «parler» à des avatars censés reproduire la personnalité d’un proche décédé.
Le film débute avec une femme collée à son clavier, qui pense converser avec son compagnon décédé. «Pourquoi as-tu peur?», écrit-elle sur son ordinateur. «Je n’ai pas l’habitude d’être mort», lui répond l’avatar. Les réalisateurs Hans Block et Moritz Riesewieck ont entendu parler dès 2018 d’une poignée de start-ups offrant des conversations d’outre-tombe avec un être cher. Au départ, ils ont cru à une arnaque. Mais la technologie a rapidement dépassé les promesses marketing, et l’industrie a explosé ces dernières années.
Pour permettre au robot conversationnel d’adapter ses réponses, les clients confient aux entreprises des données intimes concernant leur proche disparu, comme les textos d’un enfant, ou les messages vocaux d’un partenaire. Pour certains, la technologie permet de combler un vide, dans des sociétés occidentales désarmées face au deuil et où la foi religieuse – qui offrait autrefois certaines réponses – s’effrite. Mais ces services peuvent aussi engendrer une forte dépendance, selon les réalisateurs. Une conséquence que de nombreuses entreprises ne semblent pas assumer ou anticiper pleinement. Le documentaire montre comment certaines intelligences artificielles dérapent, voire « hallucinent »: des avatars racontent au client être piégés en enfer, menacent de les hanter, ou finissent par les insulter.
