« Eephus, le dernier tour de piste » de Carson Lund : vibrant hommage à ce sport incompréhensible et anti-film de sport mélancolique

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This is the end. Alors qu’un projet de construction menace leur terrain de baseball adoré, deux équipes amatrices d’une petite ville de la Nouvelle-Angleterre s’affrontent pour la dernière fois. Face à cet avenir incertain, les tensions et les rires s’exacerbent, annonçant la fin d’une ère de camaraderie.

Commençons l’année 2025 au cinéma. Ce grand petit film de baseball anti-climatique qui scrute la fin d’une époque est de ces petits diamants qu’il faut prendre la peine de découvrir. Signé de Carson Lund, chef opérateur de Tyler Taormina (Noël à Miller’s Point, sorti en décembre), ce premier long-métrage raconte – le mot est fort, tant les enjeux dramatiques y sont absents – le dernier match amateur de deux équipes de baseball avant que le terrain local ne soit rasé. Attestant du délaissement progressif des Américains pour ce sport jugé trop lent par les jeunes générations, Carson Lund parvient à réaliser miraculeusement à la fois un vibrant hommage à ce sport incompréhensible, et un anti-film de sport mélancolique, où l’on redoute plus la fin du match pour ce qu’elle veut dire du délitement d’un groupe que pour le score qui s’affichera au compteur.

Ode à la lenteur, au surplace, aux choses que l’on fait non par pour le frisson, mais pour voir le temps couler, Eephus est de fait sans cesse tourné vers une fin qui ne veut pas dire son nom, qui refuse qu’on lui dévoue un quelconque effet mélodramatique, et qui finit par n’en être que plus bouleversante. Cette pudeur-là, magnifiquement incarnée par des comédiens qui donnent vie avec humour à ces deux équipes disparates, se retrouve dans la mise en scène de Lund, s’interdisant tout pathos, filmant ce match en multipliant les points de vue, jusqu’à laisser son film progressivement s’éteindre dans une nuit à l’obscurité salvatrice. On se demande même si, lors d’une scène d’explosion de feux d’artifice hors champ, il n’offre pas d’ores et déjà l’un de ses plus beaux plans que vous verrez en 2025. Vous comprendrez ainsi pourquoi la distribution d’Eephus en France relève du petit miracle, tant le film parle un langage inconnu pour notre pays (remplacez l’imbitable vocabulaire de chasse à la baleine de Moby Dick par celui du baseball) et à quel point vous devez vous y précipiter.

1 janvier 2025 en salle | Drame
De Carson Lund
Avec Keith Richards, Frederick Wiseman, Bill Lee
Titre original Eephus

 

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