[DOOR 2: TOKYO DIARY] Banmei Takahashi, 1991

Qu’importe que cette fausse suite de Door soit à cent lieues du premier volet: elle en vaut tout autant le coup d’œil! À vrai dire, on reconnaît davantage la véritable patte de son réalisateur Banmei Takahashi, qui traînait derrière lui une longue carrière dans le pinku-eiga. Le dernier qu’il avait réalisé pour la Director Company, Wolf: Running is Sex (1982) était une histoire particulièrement étrange de serial-killer-runner, érotisé comme un personnage de Mishima, et qui trouvait dans un alter-ego féminin une sorte d’occasion de retour à l’état sauvage. Avec Door 2: Tokyo Diary, l’auteur revient à ses premières amours roses, avec les mêmes échappées violentes et oniriques dont il semble si friand.

Rien de neuf à l’horizon, pourtant, de prime abord: alors que Door premier du nom reprenait les codes du thriller domestique, avec son inconnu venant perturber un cocon bien ordonné, Tokyo Diary joue dans la cour des Belle de jour et autres China Blue. Son héroïne bien nommée (Ai = Amour) est une call-girl qui choisit ses clients et trouve un équilibre dans les déséquilibres. Car rien ne lui garantit ce qui l’attend sous le costard d’un salary-man: les portes qu’on pousse sont à chaque fois une nouvelle expérience, un nouveau défi, et pourquoi pas un nouveau monde, comme ce client richissime qui lui fera plus d’une fois douter de sa ténacité et de ses sentiments. Le seul point d’ancrage dans la réalité pour Ai, ce sont ses deux amis d’enfance, fort bien au courant de ses choix de vie audacieux, formant un triangle amoureux touchant, détonnant totalement avec les nombreuses scènes de rendez-vous qui parsèment le film. C’est la petite touche mélo au centre d’une œuvre traversée de moments suspendus (un client effectuant sensuellement un piercing à l’oreille, la très belle balade dans un aquarium avec une autre collègue prostituée, une étrange cassette audio diffusant le son du vent sur la glace craquante) et ultra-violents, dont cette rencontre avec un sadique virant tout simplement à l’escapade gore.

Jamais moralisateur, Banmei Takahashi n’offre pas un tableau décontracté de la prostitution, mais au contraire constellé d’embûches tant sentimentales que mortelles. Ce qui n’empêche pas son héroïne de rester sur sa position, décidée à incarner une femme forte, détachée d’une société conformiste. Un adieu aux carcans qu’elle fera dans une séquence finale à l’amertume lumineuse. Tout ici annonce en réalité son voisin de palier, le tout aussi réussi Tokyo Décadence, qui arrivera un an plus tard. Et comme il n’y a pas de hasard, Banmei Takahashi signera New Love in Tokyo, parfois considéré comme la suite de Tokyo Decadence. Une belle trilogie en somme… J.M.

Film de Banmei Takahashi · 1 h 22 min · 25 avril 1991 (Japon)
Genre : Thriller

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