« Destruction babies » et « Becoming father »: le cinéma de Tetsuya Mariko à l’honneur cet été

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La découverte de Destruction babies et Becoming Father, deux films de Tetsuya Mariko, fait un peu le même effet que la révélation tardive (en France au moins) de Takeshi Kitano, qui n’avait été jugé digne d’être montré en salles qu’à partir de son quatrième long-métrage Kids return. De la même façon, ces deux films tournés respectivement en 2016 et 2019 révèlent un auteur singulier, à l’écriture très sûre. On ne sait pas grand-chose de lui, sinon qu’il a étudié sous la direction de Kiyoshi Kurosawa, et qu’il réalise depuis une vingtaine d’années. Becoming father est son deuxième long-métrage professionnel. Ce qui a dû refroidir d’éventuels distributeurs, c’est l’intensité des épreuves auxquelles sont soumis ses personnages principaux. Elle fait penser à un autre japonais sulfureux, Shinya Tsukamoto qui, à l’époque de Tokyo Fist, justifiait son cinéma comme un antidote à l’anesthésie de la société japonaise, réticente à regarder la réalité en face. Un jour, Tsukamoto avait été surpris de découvrir dans une ruelle un rat décomposé, une vision impensable dans un pays obsédé par la propreté, où toute évocation de la mort est systématiquement éradiquée. C’est l’éternel problème pédagogique: faire croire aux enfants que les roses n’ont pas d’épines fera d’eux des adultes désarmés et inadaptés.

De temps en temps, un cinéaste émerge pour prendre le contrepied et affirmer –douloureusement- que la vie est dure. C’est semble-t-il le programme de Testuya Mariko. Dans Destruction babies, il introduit Taira, un orphelin qui passe son temps à provoquer des pugilats pour tester sa capacité apparemment illimitée à encaisser. Son frère Shota, qui a renoncé à le protéger, cherche surtout à éviter de suivre la même voie. Leur père adoptif, un mécano, les a élevés à la dure depuis que leur père biologique les a abandonnés, ce qui pourrait servir d’explication à l’agressivité nihiliste de l’aîné. À sa suite, on découvre la micro société dans laquelle il évolue, et d’où finissent par émerger deux personnages. L’un, Yuya, est un étudiant dégénéré qui se prend pour une terreur, mais n’est capable de s’attaquer qu’à plus faible que lui, en l’occurrence des femmes. Contre toute attente, il s’associe à Taira et, après avoir provoqué une panique dans un centre commercial, ils prennent la fuite à bord d’une voiture, emmenant avec eux en otage une kleptomane droguée, plus ou moins liée à un yakuza local. La fille finit par entrer dans la logique des délinquants et se révèle pire qu’eux. C’est alors qu’apparaît le véritable sujet du film, la dynamique du mal, dont Taira n’est qu’un des éléments. L’union fait la force, mais lorsque les différents composants s’accordent sur un même objectif, le coefficient multiplicateur est terrifiant.

Becoming father raconte une histoire totalement différente, mais les deux films ont en commun l’intensité avec laquelle le personnage principal se fait percuter à coups de poing. Cette fois, il s’agit de Miyamoto, un salaryman naïf qui fait l’apprentissage de la vie au contact de Yasuko, qu’il prend pour la femme de sa vie. En conséquence, il va appliquer ce qu’il croit être la bonne attitude en matière d’engagement, de fidélité et de dévouement. Le problème, c’est qu’il est faillible, et un jour, ivre mort, il ne se rend pas compte que l’homme qu’il a invité à boire des coups avec lui entreprend de violer Yasuko. De là, Miyamoto va essayer de réparer ses torts à tout prix, quitte à affronter la brute, un rugbyman qui prend un malin plaisir à lui casser les dents, les doigts, et les os. Là encore, un tableau plus large se révèle derrière le seul parcours du personnage central. La réalité se révèle notamment à travers le personnage féminin, qui en sait beaucoup plus que le naïf Miyamoto, et lui suggère ses quatre vérités à l’occasion de dialogues étonnants. Le cinéaste utilise beaucoup la caméra portée et les plans séquences pour immerger le spectateur dans une action fluide et réaliste. L’écriture est également très déterminée, et même si ce deuxième film est adapté d’un manga, il témoigne de l’univers très cohérent de ce nouveau cinéaste à suivre. G.D.

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