Culte des années 80 : Alphaville – « Sounds like a melody »

Sounds like an irony… à ce que Sounds Like a Melody soit devenu l’un des morceaux les plus aimés d’Alphaville alors que… le groupe n’en voulait presque pas. En 1984, après Big in Japan, tout était pourtant déjà écrit : Forever Young devait être le deuxième single, le disque autour duquel le jeune groupe allemand avait commencé à construire son identité. Mais les gens costards-cravatés de la maison de disques ont demandé un morceau supplémentaire. Pas dans six mois, pas lorsque l’inspiration reviendra… maintenant. Alphaville s’exécute. Marian Gold, Bernhard Lloyd et Frank Mertens écrivent et arrangent Sounds Like a Melody en deux jours. Et le morceau qui sort chez WEA au printemps devient immédiatement un énorme succès européen : numéro 1 en Italie et en Suède, numéro 3 en Allemagne de l’Ouest et en Autriche, numéro 4 en Suisse, numéro 10 en France. Gold racontera plus tard que cette commande avait heurté leurs « instincts hippies » : l’idée même d’écrire pour des raisons commerciales leur donnait l’impression de vendre une partie de leurs convictions. La belle affaire, pourrait-on dire. Sauf qu’à l’intérieur du groupe, le sentiment est beaucoup moins triomphal. Pendant plus de dix ans, Alphaville refusera d’ailleurs de jouer le morceau sur scène.

Ce qui est troublant, quand on réécoute Sounds Like a Melody aujourd’hui, c’est qu’on n’entend pas vraiment une chanson écrite à la va-vite. Bernhard Lloyd et Frank Mertens sont aux claviers, Lloyd à la boîte à rythmes, Wolfgang Loos intervient aux claviers et à la programmation, Marian Gold chante, et les cordes de la Deutsche Oper Berlin viennent ajouter cette grande nappe sentimentale qui empêche le morceau de rester une simple mécanique new wave. Ce mélange est beaucoup plus étrange qu’il n’en a l’air. En 1984, les synthétiseurs portent encore quelque chose du futur et les cordes, elles, appartiennent à une autre histoire de la musique populaire, celle du grand sentiment et de l’arrangement romantique. Alphaville les met dans le même lit pour en faire une chanson sur l’amour qui se comporte comme une chanson sur la mémoire.

On parle souvent du son d’Alphaville comme d’une affaire de synthétiseurs, alors que Sounds Like a Melody serait beaucoup moins étrange sans la voix de Marian Gold qui semble toujours sur le point de quitter le sol. Gold a raconté des années plus tard que la chanson était déjà extrêmement haute pour lui en 1984. Le producteur Wolfgang Loos l’avait transposée encore plus haut (trois tons, selon Gold), pour lui faire adopter une voix plus aiguë, plus « angélique ». Gold dira même que cette décision avait contribué au succès commercial du morceau : lorsqu’il a voulu le réenregistrer pour Eternally Yours en 2022, il n’était plus capable de chanter dans cette tonalité. Un mot sur le clip réalisé en 1984 par Rolf Spinrads, à l’origine une production pour l’émission de télévision allemande Bananas. La maison de disques n’avait pas de vidéo disponible assez rapidement, elle a donc acheté cette production existante pour en faire le clip officiel. On y retrouve Alphaville sur une plateforme couverte de brouillard, entouré de patineurs qui tournent autour du groupe pour incarner cette musique appartenant au Berlin électronique des années 1980. Du chaos, du vrai, du beau…

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