Quand Something For Your M.I.N.D. surgit en 2017, Superorganism ressemble moins à un groupe qu’à une anomalie apparue dans le flux Internet. Le collectif, alors basé à Londres, réunit des musiciens venus notamment de Nouvelle-Zélande, d’Australie et du Japon, réunis grâce à Internet et habitués à construire leurs morceaux comme des collages à distance. Le morceau est justement né de cette méthode de travail : une première idée circule entre les membres, chacun y ajoute des éléments, puis le fichier passe de main en main. La voix arrive alors d’une rencontre improbable : Orono Noguchi, adolescente japonaise scolarisée dans le Maine, à qui le groupe envoie le morceau. Elle écrit ses paroles et enregistre sa partie sur un MacBook, donnant au titre cette voix nonchalante, presque blasée, qui contraste avec l’euphorie de la musique.
Musicalement, le morceau est une petite usine à collisions. Sa structure pop, immédiatement mémorisable, est constamment traversée par des sons, des samples, des effets et des détails qui semblent surgir de partout : une esthétique du collage revendiquée par le groupe, quelque part entre indie pop, électro, hip-hop et culture du sampling. La production refuse l’idée qu’une chanson pop doive choisir entre efficacité et bizarrerie : ici, les mélodies restent limpides tandis que les textures s’empilent jusqu’à donner l’impression d’un navigateur Internet avec vingt onglets ouverts. Pitchfork relevait notamment les micro-détails sonores du morceau, ainsi que ses ruptures soudaines, qui suspendent brièvement le refrain avant de le relancer.
Orono paraît ainsi parler depuis l’intérieur du morceau, avec une ironie détachée et une désinvolture adolescente. Le titre lui-même entretient cette ambiguïté. Les initiales de « M.I.N.D. » ne correspondent à aucune définition officielle : interrogée sur leur signification dans une interview sur Radio Milwaukee, publiée en février 2018, Orono expliquait qu’elles pouvaient vouloir dire ce que chacun souhaitait, certains auditeurs ayant même cru entendre autre chose dans le refrain. Cette ouverture est essentielle à la chanson : derrière son apparence de joyeux objet pop, elle laisse flotter une sensation de confusion, de fatigue et de saturation mentale, l’exubérance sonore étant justement la traduction d’un cerveau qui refuse de se mettre en pause. Le clip, réalisé par Robert Strange, prolonge cette logique en transformant la chanson en véritable objet audiovisuel : archives, images scientifiques, paysages, animaux, fusées, textures VHS et fragments trouvés s’entrechoquent dans un montage aussi ludique que vertigineux. Mis en ligne en septembre 2017, il accompagne la trajectoire fulgurante d’un morceau qui devient rapidement viral et attire suffisamment l’attention pour que des spéculations circulent sur l’identité du groupe. Quelques mois plus tard, Superorganism signe chez Domino et publie son premier album éponyme, où cet enthousiasmant Something For Your M.I.N.D. apparaît comme le manifeste miniature de leur esthétique : une pop collective, saturée de références et de technologie, mais tenue par des chansons étonnamment immédiates.


