« X » de Ti West: un slasher renvoyant avec malice au « Massacre à la tronçonneuse » de Tobe Hooper

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Dans une ferme isolée du Texas, une équipe de tournage arrive pour réaliser un film pornographique. Leurs hôtes, un vieux couple reclus, s’intéressent particulièrement à leurs jeunes invités. À la tombée de la nuit, l’intérêt du couple devient violent. Bonne surprise que ce X, nouveau long métrage de Ti West, qui remplit honorablement son cahier des charges.

Ti West, autrefois sacré nouveau diablotin du genre, revient à l’horreur après une pause de neuf ans (et donc son western In a valley of violence) et se fait choper le col par A24. Une rencontre des plus cohérente lorsque l’on se remémore les très sympathiques The Innkeepers et The House of the Devil, qui annonçaient déjà ce qu’on appelle (atrocement) l’elevated horror: un mélange d’horreur old-school et de modernité préférant une langueur diabolique aux jumpscares en guise de point de ponctuation. On pourrait même couronner The House of the Devil comme l’un des premiers films du genre à s’accaparer une certaine esthétique vintage (juste après la grosse vague Grindhouse), avant tout cela ne vire à l’overdose. Bref, Ti West, c’était déjà un peu A24 avant A24. Les époux Levinson sont également présents au poste de prod, ajoutant un peu d’huile sur le feu de la cheminée. X, sous son titre laconique, annonce la rencontre entre une équipe de tournage à la cuisse légère et des rednecks dégénérés. On pensait le sous-genre du rural psycho un peu étouffé depuis, mais pourquoi pas…

Tout démarre sous le soleil de l’année 1979: la fin des possibles pour certains, le début à tout pour d’autres. Maxine (Mia Goth), une nymphette cocky-cockée à la Lovelace, a intégré le tournage d’un film porno à deux sous: The farmer’s daughters. Deux actrices, un réalisateur, un playboy, un cameraman et sa girlfriend tenant le micro, et c’est parti. Les filous ont loué une ferme isolée dans un Texas peu engageant (forcément…). L’ouverture sur le bondissant In the Summertime s’amuse à se déplier en plusieurs temps, d’un décor estival toc, jusqu’à dévoiler une plaine industrialisée à perte de vue. Pas très glamour à mort, l’Amérique. Arrivée sur place, tous doivent se faire petits, les propriétaires de la maison d’à côté n’étant pas au courant des activités extra-sexuelles de la bande. Surprise: pas de famille de cannibales ou de paysans mutants à l’horizon, juste un couple de vieux peu commodes: lui, le fusil dans les mains; elle, décrépite et fantomatique. Et leurs silhouettes vont, bien entendu, commencer à rôder autour de la ferme aux mille délices…

Il y a des mois de cela, certains se demandaient encore comment on pouvait autant mépriser le spectateur avec Texas Chainsaw Massacre 2021 (qui a quand même ses fans) où ça découpait du youtubeur en se croyant subversif à toute berzingue. S’il y a bien un film proche de l’esprit du film original de Hooper, et qui lui succède tout en apportant des éléments nouveaux, c’est bien ce X de Ti West (avec clin d’œil au Crocodile de la mort en bonus). Aux hippies de 1974, succède ici la génération suivante, ou plutôt à un autre morceau de la décade 70, à savoir ceux qui ont bien profité de la révolution sexuelle, et comptent cette fois en faire leur beurre. Le marché de la vidéo X ouvrait ses portes, et qu’importe si on tourne une cochonnerie au rabais, on sait que ça vendra comme des petits pains: les loulous qui hantaient les salles obscures pourront se branler dans leurs salons, et voir et revoir leurs saloperies favorites. La tribu de X jouit donc de trinquer «aux pervers», s’imaginant déjà les poches pleines. Bref, le capitalisme croquant des 80’s est déjà là, mais la vieille garde ne semble pas avoir dit son dernier mot.

En place du boogeyman masqué et massif, X fait d’une frêle mamie un réceptacle de toute la frustration sexuelle de ceux qui sont passés à côté de l’orgie seventies, et qui n’ont eu de cesse de subir leur vie. Et à Ti West d’en faire une «boogeywoman» pathétique, touchante et terrifiante, qui s’octroie les moments les plus autres du film (dont un meurtre mémorable et ultra-gore à la lueur des phares). Une nouvelle entrée alors dans le granny horror, cette tendance très ambiguë du cinéma d’horreur actuel, faisant du corps féminin âgée un nouveau terrain de cauchemar et de débats, comme on a pu le voir tout récemment avec le surestimé La Abuela (qui, là aussi, a ses fans). Certes, de manière plus trash, le film de West questionne l’épuisement de la chair et les pulsions enfouies qui font boom au cœur d’un slasher scabreux contribuant au revival étonnement plaisant de ce sous-genre maudit (et on ne parle pas de Scream 5, merci). Seul bémol, mais pas des moindres: X joue un poil trop les prolongations et aurait mieux fait de se raboter pour assumer pleinement son côté série b de drive-in. Faut bien trouver la bête. J.M.

En salles le 2 novembre. Epouvante-horreur, Thriller
De Ti West
Par Ti West
Avec Jenna Ortega, Kid Cudi, Brittany Snow

 

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