[CRITIQUE] SCREAM de Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett

0
400

Il est revenu. Vingt-cinq ans après que la paisible ville de Woodsboro a été frappée par une série de meurtres violents, un nouveau tueur revêt le masque de Ghostface et prend pour cible un groupe d’adolescents. Il est déterminé à faire ressurgir les sombres secrets du passé.

C’est reparti pour un tour. Ce nouveau volet de Scream ne s’appelle pas Scream 5 mais simplement Scream, comme l’original signé Wes Craven en 1996, et ce même s’il s’agit théoriquement du cinquième volet. Après avoir vu le film, dont le contenu a été scrupuleusement verrouillé pour éviter la moindre fuite, on comprend mieux pourquoi les deux réalisateurs n’ont pas voulu l’inscrire jusqu’au titre comme le cinquième du nom mais bel et bien comme le premier. Fin du suspense: Scream 2022 est une relecture du premier Scream 1996 – il devait d’ailleurs sortir en 2021, ce qui aurait fait pile 25 ans – où, pour résumer rapidement, les rescapés du premier (Neve Campbell, Courtney Cox, David Arquette…) et toute une jeune génération d’acteurs rendent collectivement hommage au réalisateur défunt de La dernière maison sur la gauche. C’est on ne peut plus explicite dans le scénario qui suit grosso modo la trame du premier en jouant sur l’impression de déjà-vu: le personnage joué par Dylan Minnette s’appelle Wes et le film, qui cache incidemment une réflexion sur le deuil à travers une autre connexion entre le premier et le cinquième, lui est dédié à grands coups d’autocitations et de mises en abyme – ici, on cite les Stab (l’adaptation de Scream dans la saga Scream), on évoque Heather Graham qui jouait le double de Drew Barrymore dans l’ouverture au cinéma de Scream 2 et on entend la même bande-son (Red Right Hand de Nick Cave, en premier lieu).

Là où le bât blesse, c’est qu’il ne faut rien attendre de plus que ça et surtout pas de surprise: le scénario, qui tente de temps à autre une énième réflexion méta sur les codes du genre, reprend des rebondissements convenus (le tueur décime les jeunes, et moins, les uns à la suite des autres) dans un environnement familier (toujours la ville hantée de Woodsboro) jusqu’à la révélation de qui-se-cache-derrière-le-masque hélas décevante. On ne retrouve pas non plus le mélange d’intelligence, d’humour et de gore, qui était la marque de fabrique de Craven. La mise en scène se révèle anonyme (les deux réals écrasant leur identité derrière le cahier des charges), reposant sur des effets éculés (coucou derrière toi), des invraisemblances au-delà du réel et des jump scare. Là où, pour des scènes de meurtre réellement inventives d’un point de vue purement cinématographique, on préférera se souvenir de celles de The Empty Man de David Prior. Un résultat poli, sans être policé (ça reste gore), mais déjà daté: tourné vers le passé, s’adressant au final qu’aux aficionados. Un film-hommage qui, du coup, échoue à relancer la machine, à faire évoluer la saga et, surtout, révèle une vision de la jeunesse à la fois stéréotypée et coincée dans les années 90 (les jeunes parlent-ils réellement toujours que de films d’horreur entre eux en 2022?). Les bonnes intentions ne font pas toujours les bons films. T.A.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici