[CRITIQUE] WOLFMAN de Joe Johnston

En dépit de tous les problèmes qu’il a pu connaître pendant le tournage et en postproduction (le départ précipité de Mark Romanek, la partition de Danny Elfman un temps jetée aux oubliettes), Wolfman ressemble plus à la relecture amusante d’un classique qu’à un film maudit laborieusement achevé par un yes-man. En l’occurrence, il y a Joe Johnston dont la cinéphilie semble depuis le début de sa carrière inféodée à l’amour du cinéma de genre – Jumanji et Jurassic Park 3 renouaient avec l’esprit des vieux films d’aventure de série B. En refaisant Le loup-garou, de George Waggner, il lui était possible d’envisager différentes solutions : l’imitation, l’actualisation, le pastiche, la parodie. Pourtant, il ne se situe ni du côté théorique à l’épreuve dans Le Village (M. Night Shyamalan, 2004), ni dans le post-modernisme de Wolf (Mike Nichols, 1994). Parcouru par une absence de cynisme, Wolfman reprend l’imagerie lycanthrope au premier degré, sans distanciation, susceptible de séduire les nostalgiques de l’âge d’or hollywoodien : les magiciens anthropophages, les décors caressés par la brume, le camp de bohémiens, les courses-poursuites sur les toits, la croyance magique, l’énergie sexuelle réprimée, la métamorphose schizophrène à la Docteur Jekyll et Mister Hyde. En opposition au héros contaminé par une malédiction ancestrale, il y a la population majoritairement bigote et superstitieuse assimilant le loup-garou au diable.

C’est pourquoi, en regardant Wolfman, il n’est pas interdit de penser à un autre film : Le monstre de Londres (Stuart Walker, 1935) pour la canonisation mythique. De manière plus générale, on peut y voir un hommage vintage aux classiques de l’épouvante de Universal pictures, à une époque où la psychanalyse faisait florès au cinéma, notamment chez Hitchcock. Là où le bât blesse, c’est que si Wolfman possède des qualités d’exécution correctes (le visage recouvert de poils, en hommage à Jack Pierce), on peut regretter une tendance au classicisme gothique qui s’exprime parfois au détriment d’une vraie poésie baroque. Heureusement, certaines scènes sont vraiment gores, les transformations valent le déplacement, l’atmosphère sombre et menaçante imprègne chaque coin de décor et les acteurs mettent beaucoup de bonne volonté : Benicio Del Toro en Lon Chaney Jr. évadé de sa chaise électrique, est tellement vaincu d’avance qu’il ne peut pas tomber dans le cabotinage. Face à lui, Emily Blunt, fragile et suave, confirme tous les espoirs placés en elle depuis ses débuts. Elle est géniale, à chaque plan. A la lisière de la parodie, Anthony Hopkins compose un monstre Shakespearien mélangeant ses personnages dans Titus (Julie Taymor, 2001), Légendes d’automne (Edward Zwick, 1995), Hannibal (Ridley Scott, 2001), Dracula (Francis Ford Coppola, 1992). Cette profusion d’intuitions confirme que l’attrait de Wolfman repose plus sur un imaginaire collectif de purs cinéphiles que des déclinaisons hasardeuses et exsangues comme la saga Underworld.

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