Parfois, il arrive que les enfants aient quelque chose d’effrayant. Car derrière leur apparence candide, certains cachent une perversité expliquée par un mal-être. Qu’on se le dise, ce constat psychanalytique a inspiré plus d’un réalisateur, à commencer par Lynne Ramsay, laquelle nous livre sa vision de l’amour mère/progéniture dans We Need to Talk About Kevin. Pour ce faire, elle confronte l’excellente Tilda Swinton à un fils malade et incapable de se faire comprendre. En multipliant les non-dits et les silences lourds, Lynne Ramsay baigne son histoire tragique au sein d’une piscine où il est impossible de nager voire de sortir la tête de l’eau. Tiraillé entre ses envies d’évasion et son devoir maternel pas forcément voulu ou désiré, le personnage d’Eva assiste à sa propre descente aux Enfers. Lente et inéluctable. Une fois n’est pas coutume dans ce genre de relation familiale, le père – ici John C. Reilly – reste en retrait, n’échappant pas à l’éternel manichéisme induit du complexe d’Œdipe (le garçon aime sa maman, mais ne sait pas comment l’exprimer).
Le ton de We Need to Talk About Kevin est irrémédiablement malsain et contraste avec les images d’une pureté cristalline (tel le corps d’un nourrisson). Il y a une volonté d’esthétiser l’horreur et l’effroi de Tilda Swinton, qui n’échappe pas au rouge des jets de tomates (rappelant celui du sang mais sans les morts qui y sont attachés). Le regard extérieur juge le fait d’avoir enfanté un monstre que l’on est obligé d’aimer et d’assumer. Bien sûr, Lynne Ramsay n’aurait pas totalement réussi son œuvre si elle n’avait pas fait appel à l’acteur Ezra Miller, perfide Kevin au regard aussi noir que mélancolique ; accablé par ses actions machiavéliques (rappelant les démons que furent Damien ou plus récemment Esther). Personne ne saurait expliquer son comportement… Et c’est ça qui est particulièrement dérangeant…

