Un prix spécial, pour le 30e anniversaire du festival de Gérardmer, a été remis à la cinéaste américaine Chloe Okuno pour Watcher. Une médaille en chocolat.
Une jeune femme isolée et influençable, un lettrage rose-bonbon emprunté à Rosemary’s Baby, une ville hostile et étrangère, des fenêtres dans la nuit… Of couuuuuurse que Chloé Okuno a vu la trilogie des appartements maudits de Roman Polanski (Répulsion, Le Locataire et le film susmentionné). Et nous aussi, ça tombe bien. Mais, en 2023, on se demande s’il est encore pertinemment de tourner autour de ces deux mastodontes, avec une louche de Fenêtre sur Cour s’il vous plaît: la réal, dont c’est le premier long-métrage, répond par l’affirmative, mais surtout ne s’accroche pas tant que ça à ses modèles. Ouf. Pas de fantastique déjà ici: devenu une sacrée habituée du genre (It follows, Villains, Tau, Significant Other, How to be Alone, Greta… don’t stop the music, quoi), Maika Monroe endosse le pyjam d’une épouse en territoire inconnu: son mari (Karl «Love» Glusman) l’emmène avec elle en Roumanie pour raison professionnelle, et la voilà, passant le temps à compter les mouches dans un appart blanc comme neige. Mais dès son arrivée, elle remarque une silhouette apparaissant dans l’une des fenêtres d’en face, une ombre sans visage ne se délogeant pas d’un centimètre. Spectacle quotidien qui va devenir petit à petit source d’inquiétude, en particulier lorsque le corps d’une femme décapitée est retrouvé à quelques rues de chez elle. Des faits qu’on imputerait à un tueur surnommé « l’araignée »…
Investigation, filature, ambiance somebody’s watching me: tout le lexique du film de voyeur/témoin gênant est déployé avec une élégance sans fioritures, évoquant les sympathiques thrillers des 90’s, mais en laissant la fesse au loin. Même la découverte d’une boite interlope va jusqu’à rappeler la plongée souterraine de Bridget Fonda dans JF cherche appartement, Enigma dans la bande-son en moins. L’exercice est certes appliqué, mais pas moins troublant: qui finalement observe qui? Pourquoi? Et y a-t-il réellement un chasseur et une proie dans ce petit jeu mortel? Frôlant de son aile le psychothic women movie (comment pourrait-on y échapper?), Okuno évite pourtant pas mal d’écueils du genre: au désordre mental et à la camisole de force, elle préfère questionner l’absence de compréhension et d’empathie face à la parole féminine. Parfaitement glaçant dans ses meilleurs moments, Watcher gagne à ne pas se reposer sur des effets de manche (les simili-Fincheries et autres De Palmades: au secours) et ça fait du bien. J.M.
