Époustouflant, sans plus. Hymne à la nature et à l’univers, Voyage of Time s’interroge sur le rôle de l’homme dans le futur. Après ces temps infinis, quel est le sens de notre passage sur Terre?
Voyage of Time, c’est la fin d’un voyage. D’une odyssée défiant l’espace et le temps que Terrence Malick, que l’on pensait ermite à vie et qui dernièrement s’est montré dans une salle de cinéma aux côtés de son ami Werner Herzog, a commencé en 2011 avec Tree of Life. Cela ennuie ou cela fascine, à chaque fois de plus en plus. Sous ses allures de film-purgatoire ressassant des souvenirs, des sensations et des prières, mixant Brad Pitt, Zbignew Preisner et dinosaures, le chef-d’œuvre Palmé d’or prenait déjà le risque de bousculer les plus fidèles thuriféraires de Malick. Sans surprise donc, ceux qui n’aimaient pas le côté mystico-expérimental de Tree of Life ne trouveront aucune raison de se réjouir devant Voyage of Time qui, avec ses prises de vue réelles et ses images via « ce grand or-di-na-teur », marque l’aboutissement anthropologique et cosmologique d’une quête sur la création de l’univers, l’origine du temps et l’évolution des espèces, savamment étudiée avec une batterie de scientifiques. L’expérience (méta)physique ne dure qu’une heure trente, elle pourrait durer trois heures sans que cela pose problème, pour le simple plaisir de la contemplation. Dans la salle, le temps semble, comme qui dirait, suspendu. Même si deux trois soupirs de voisins nous ramènent sur Terre parmi les vivants de ce bas monde.
D’un strict point de vue formel, donc cinématographique, aucun doute possible: Voyage Of Time est somptueux, proche des voyages stratosphériques de Stanley Kubrick période 2001, odyssée de l’espace et de Ron Fricke (Baraka). On le croirait uniquement créé pour la beauté du geste, par l’anxiété que pourrait provoquer la disparition de l’espèce humaine et pour se rappeler ce qu’il reste de nous. C’est énorme mais c’est tout. On lui reconnait volontiers les plus grandes qualités du monde, l’ouvrage n’en reste pas moins redondant – a fortiori lorsqu’il se fait plus didactique en nous expliquant chaque rite, chaque évolution – et écrasé par l’esprit de sérieux. Certains ironiseront d’une telle ambition de démiurge (la voix-off psalmodiante de Cate Blanchett pour la version salles est quelque peu plombante, pour être polis) et trouveront qu’il s’agit d’un « spectacle pour happy-fews » – sa rareté est d’ailleurs signifiée par sa sortie en salles exceptionnelle (le 4 mai à 20 heures et puis c’est tout). Mais n’oublions jamais que dans « happy-few », il y a « happy ». Et qu’au moment où l’art est absent de tous les débats, des visions de pareilles splendeurs nous réconcilieraient presque avec un monde qui va si mal.


