After School Knife Fight, de Caroline Poggi & Jonathan Vinel; Coelho Mau (Mauvais Lapin), de Carlos Conceição et Les Îles, de Yann Gonzalez. N’en jetez plus, stop in the name of love: les Séances Spéciales courts métrages à la Semaine de la critique seront un rendez-vous incontournable cette année au Festival de Cannes. LEO SOESANTO, responsable de la sélection des courts métrages, nous éclaire.
«A la Semaine de la Critique, on aime tellement les courts au point de leur consacrer des séances spéciales — manière de prendre des nouvelles de cinéastes déjà passés par chez nous (le cas l’an dernier de Journal d’un Photographe de Mariage de Nadav Lapid, venu à la Semaine avec son long L’Institutrice). Donc, on accueille avec plaisir à nouveau Yann Gonzalez et Carlos Conceição sélectionnés respectivement ici pour Les Rencontres d’Après Minuit (2013) et le court Boa Noite Cindirella (2014). Et pourquoi Jonathan Vinel et Caroline Poggi, plutôt habitués de la Berlinale? Pour le plaisir un peu égoïste de les faire venir sur la Croisette. Mais surtout, les trois films de cette séance spéciale forment un tout cohérent: le fil conducteur, c’est le désir, qui dérange, bouscule.
Désir/désordre. Ce sont des courts super-sexy, qui flirtent constamment et presque innocemment avec le fantastique, quelque chose d’assez vénéneux. On est quelque part entre le Aimons-nous Vivantsde François Valéry et L’Amour est plus Froid que la Mort de Fassbinder, textuellement parlant.»
LES ÎLES de Yann Gonzalez
«On est dans le désir gigogne, où chaque scène, chaque émotion en contiennent une autre. Cela commence avec les ébats d’un couple, l’arrivée d’un troisième larron qui laisse entrevoir une bascule vers l’horreur mais en fait non et puis… bref, ces Iles sont plutôt un archipel de corps, de pulsions et d’humeurs où l’on dérive de l’un(e) à l’autre en se laissant porter par le courant des fluides. Un film où l’on passe du giallo aux tapins de L’Année des Treize Lunes de Fassbinder puis aux vertiges audio au casque d’un Conversation Secrète est plus que recommandable.»
COELHO MAU (MAUVAIS LAPIN) de Carlos Conceição
«Carlos Conceição avait commis le court Boa Noite Cindirella qui était, selon mon prédécesseur Fabien Gaffez, un «Cendrillon queer et fétichiste, une satire poético-politique, où l’on croise Marx, le Portugal du XIXe siècle, et le conte de fée». Rien que ça. Mauvais Lapin louche encore du côté du conte: un frère, sorte de Joe Dallesandro ado, vit reclus avec sa sœur très malade dans une maison isolée. Leur mère est un peu méchante et se tape un gigolo équivalent du prince ou du chasseur dans les contes. Il est question de lapin qui, comme chez Lewis Carrol et Donnie Darko, est le genre d’animal qui vous emmène aux confins du réel pour contourner les interdits et tabous — ici, un dans monde beau comme un film porno seventies ou un carnaval où on porte cagoule SM et masque à oxygène, avec la distance camp d’un Warhol et où un poster d’Adam Ant sur un mur vaut mille dialogues.»
AFTER SCHOOL NIGHT FIGHT de Jonathan Vinel et Caroline Poggi
«Les trois films traitent une matière impure et en tirent monts et merveille. C’est « sale comme un ange», pour reprendre le titre du film de Catherine Breillat. Chez Jonathan Vinel et Caroline Poggi, c’est cette France des zones pavillonnaires et péri-urbaines qui est sublimée en un monde d’ados quasi-spectraux mais à l’impeccable diction littéraire. After School Knife Fight est le court moins sexuellement explicite mais le désir bouillonne en permanence chez ces jeunes rockers hyper-pudiques. On y souffle le chaud et le froid en permanence comme dans une belle chanson post-punk — au hasard, Lunar Camel de Siouxsie and The Banshees.»
