[CRITIQUE] TIKKOUN de Avishai Sivan

0
918

Crise de foi. Croyant ultra-orthodoxe, Haim-Aaron est un brillant intellectuel de Jérusalem dont tout le monde envie le talent et la dévotion. Un soir, alors qu’il fait un jeûne qu’il s’est imposé, il s’évanouit et perd conscience. Les secours le déclarent mort mais, refusant de le laisser partir, son père tente à son tour de le réanimer et, contre toute attente, Haim-Aaron revient à la vie. Après l’accident, le jeune homme reste indifférent à ses études. Il ressent soudain un curieux réveil de son corps et soupçonne Dieu de le tester. Lorsque son père constate les changements de comportement de son fils, il tente de lui pardonner, tourmenté par la peur d’avoir contrarié Dieu en le réanimant.

«Le film chaos de 2016» dixit Michel Ciment. Ne pas se fier à l’apparente rigueur ascétique de ce film d’ombres traversé par la lumière, plongé dans un noir et blanc sublime, dans lequel un croyant ultraorthodoxe enfermé dans son monde de prières, affaibli par sa pratique intensive du jeûne, fait un arrêt cardiaque, revient miraculeusement à la vie et se révèle tourmenté à l’idée d’avoir peut-être contrarié Dieu. Après sa résurrection, il se comporte de manière provocante envers son père et sa communauté. Il s’agit du second volet d’une trilogie religieuse se situant dans la communauté juive orthodoxe et traitant de jeunes étudiants en yeshiva (collège talmudique) confrontés à une crise spirituelle comme à un monde extérieur profane. Et l’on est évidemment dans les parages du conte à la lisière du fantastique, dans un purgatoire à la fois calme et anxieux – en revenant à la vie et avant de mourir à nouveau, le protagoniste est coincé entre deux mondes. L’apparente léthargie qui laisse le temps au personnage de mourir, de renaître et de revivre peut-être met en valeur des visions surréalistes qui, lorsqu’elles surgissent, donnent lieu à de fulgurants moments de cinéma.
Le titre «tikkun» évoque en hébreu une forme de réparation et de guérison; cette odyssée métaphysique, dépourvue de réponse comme de certitude de savoir, rassérène, trouble, fait du bien parce qu’elle prend son temps et récuse tous les raccourcis, qu’ils soient psychologiques ou idéologiques. Comme le dit le cinéaste: «cela pourrait être un milieu islamique, ou chrétien, ou de n’importe quelle autre religion, croyance ou culture». Hypnotique, luisant dans la nuit noire et jamais plombé par des références, le film montre avant tout le parcours d’un homme dans un désert. Les images sont fortes, le cheminement déroutant, l’abîme profond. Et, de fait, on est au cinéma, proche de l’hypnose, de la contemplation, du ravissement plastique et in fine de la réflexion philosophique avec une citation explicite du mythe de la caverne. Parce qu’il ne ressemble qu’à lui-même et que ses lenteurs sont précieuses, Tikkoun s’impose sans conteste comme l’un des films les plus chaos de l’année. Michel was right.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici