« The Nocebo Effect » de Lorcan Finnegan: Eva Green dans le cauchemar du réalisateur de « Vivarium »

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C’est d’abord l’histoire d’une famille, couple avec fillette, issue d’une classe aisée. L’épouse, Christine (Eva Green) est une styliste de mode pour enfant. Sur son lieu de travail, cette dernière est saisie de stupeur par une apparition canine aussi dérangeante qu’éphémère et dont la vision va l’impacter nerveusement. Quelques mois plus tard, Diana (Chai Fonacier), une jeune femme originaire des Philippines, arrive chez elle et déclare avoir été embauchée comme femme de chambre. La mémoire de Christine fait défaut, mais dans le bénéfice du doute, l’étrange femme est accueillie. Dès cet instant, les symptômes fiévreux de l’héroïne ne cesseront d’augmenter…

Pour ceux qui l’auraient oublié, Lorcan Finnegan nous avait déjà pondu Vivarium (2019), premier film du réalisateur dans lequel la maison tenait lieu de l’éternel retour infernal et dont l’absurdité cauchemardesque était nettement inspirée de la Quatrième dimension (Rod Serling, 1959/1964). On retrouve avec The Nocebo Effect une thématique similaire: celle de la famille idéale, vivant dans une bulle bourgeoise tout juste sortie d’un journal déco. Cependant, s’il est toujours question de logis ici, l’irruption de l’étrange n’est plus hors-cadre qu’intérieure. Fièvre, tremblements, paralysie, un mal inexplicable s’est faufilé et accable Christine. Une infiltration qui se joue sur plusieurs niveaux: infiltration par les germes, infiltration d’une personne étrangère au sein du foyer, infiltration du regard (la domestique qui écoute, déplaçant son œil intérieur dans les conduits). Mais là où la médecine occidentale est inopérante, heureusement, Diana et ses soins chamaniques arrivent à point nommé pour soigner l’héroïne…

Interrogeant l’œuf et la poule, les remèdes miracles peuvent abriter ici un mal pernicieux. La guérison devient une menace, et une angoisse hypocondriaque se diffuse, à la fois chez l’héroïne et le spectateur. Les croyances prennent le pas sur la réalité et l’espoir d’un mieux-être n’est pas tant une issue qu’une fausse sécurité qui nous fragilise. Croisement parfait entre Safe (Todd Haynes, 1995) et Jusqu’en enfer (Sam Raimi, 2009), le film s’appuie sur les superstitions et les insécurités intimes pour distiller un sentiment de prise d’otage: à mesure que s’enchaînent les rituels ancestraux prodigués par Diana, une relation toxique se développe entre les deux femmes, évoquant un syndrome de Münchhausen par procuration (soit l’attitude d’un individu qui rend volontairement malade une personne dans le but d’obtenir de l’attention et de la compassion pour lui-même). Un basculement des rapports de classe a lieu et, telle une tique s’accrochant à son hôte pour lui transmettre un virus, la gouvernante n’est pas là par hasard. Une narration en flash-back le confirmera (même si le spectateur aguerri devinera vite de quoi le film retourne).

Renouvelant le thème de la malédiction en même temps qu’il se teinte d’exotisme, l’horreur tourbillonne crescendo (le cercle, illustré par les travellings circulaires, est un motif récurrent du long-métrage) en parallèle des suées d’Eva Green, et la photographie du film se teinte d’une colorimétrie solaire déclinante où l’orange côtoie les clairs-obscurs violacés. Le film n’est pas parfait, certes: au vu de ses potentiels, il s’étire et manque (paradoxalement) d’une fièvre globale dans son approche, Polanskienne en diable; à cela, s’ajoute une sur-explicitation narrative atténuant une fin qui aurait gagné à être suggérée. Mais, entre plans suspendus et visage démoniaque dans la pénombre, on ne pourra qu’approuver la puissance vibratoire du dernier acte: danse de feu et d’ombres où la maison devient un antre cauchemardesque dans laquelle flash-back et présent se mêlent pour critiquer sévèrement la mondialisation et les dérives de la fast fashion dans les pays en voie de développement… Jusqu’au climax aussi impartial que particulièrement brutal (selon les points de vue). Bien que ce second essai soit moins percutant que Vivarium, cette prise de risque finale n’en apporte pas moins une fraîcheur bienvenue, confirmant, s’il le fallait encore, l’originalité formelle de son auteur. M.S.

KESAKO NOCEBO?
Comme un miroir du fameux effet placebo, l’effet nocebo (qui signifie en latin «je nuirai»), se définit par des effets psychologiques et/ou physiologiques négatifs liés à la prise d’une substance n’ayant pourtant aucune action pharmacologique connue. Il peut aussi s’observer à la suite de la réalisation d’un geste médical «fantôme», c’est-à-dire n’ayant aucune action thérapeutique.

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