[CRITIQUE] THE INNOCENTS de Eskil Vogt

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Jeux interdits. Un été, quatre enfants se découvrent d’étonnants pouvoirs et jouent à tester leurs limites, loin du regard des adultes. Mais ce qui semblait être un jeu d’enfants, prend peu à peu une tournure inquiétante…

Toutes les choses vraiment atroces démarrent dans l’innocence. Le titre fait référence aux personnages du film, qui sont des enfants. Le point de vue principal est celui d’une fille de 8 ans, et à cet âge, comme nous le rappellent L’esprit de la ruche (Victor Erice, 1973) ou L’enfant miroir (Philip Ridley, 1990), les enfants ressentent les choses autrement que sous un prisme rationnel, et il leur arrive, lorsqu’ils sont confrontés à des évènements qu’ils ne savent pas expliquer, de réagir en faisant plus de mal que de bien.

Le film débute avec l’arrivée d’une famille dans leur nouvel appartement situé dans un grand ensemble au bord d’une forêt. La fille aînée est autiste et sa sœur cadette commence à explorer le coin. Elle fait connaissance avec un gamin qui a le pouvoir de faire bouger les objets. Une autre petite fille a le don de télépathie et lorsqu’elle le manifeste, le groupe se rend compte que leurs pouvoirs s’additionnent. En se relayant, les filles arrivent à faire sortir de sa bulle la fille autiste qui se met à communiquer, au grand soulagement de ses parents. Les choses se compliquent lorsque le gamin, sentant ses pouvoirs augmenter au contact des autres enfants, s’en sert à des fins maléfiques.

Eskil Vogt a longtemps été le scénariste de Joachim Trier (il est d’ailleurs celui du dernier Julie en 12 chapitres), et avec The Innocents, il réalise son deuxième long-métrage après Blind qui adoptait le point de vue d’une aveugle, un défi cinématographique osé, s’il en est. Ici, il recycle quelques-uns de ses thèmes comme le handicap ou les rapports sociaux, à travers une fiction claire et lisible qui cherche à exprimer la sensibilité des enfants. Il a réussi son coup en s’appuyant sur des interprètes qui traduisent bien l’ironie contenue dans le titre. Est-ce parce qu’on n’a pas la même notion que les adultes du bien et du mal qu’on est inoffensif pour autant? Demandez au chat (il y a une scène avec un chat qui va faire claquer les fauteuils). Le film montre que tout est lié, candeur et maléfice, et cette cohabitation se manifeste autant dans les thèmes que dans les motifs visuels, et c’est particulièrement sensible dans l’habitat qui mélange de façon quasi harmonieuse l’artificiel et le naturel, le béton et l’organique.

Il y a indéniablement dans The Innocents une touche de classe qui a fait dégainer à quelqu’un le qualificatif d’«elevated genre» (comme si le genre devait se cantonner au sous-sol). Dans le dossier de presse, l’auteur a tenu à faire une mise au point en expliquant qu’il ne prétend absolument pas «élever» quoique ce soit et assume fièrement avoir fait un film d’horreur. C’est tout à son honneur. G.D.

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