Au fait, on a vu toute la première saison de « The Idol »

0
2054

On confirme, hélas: la série HBO The Idol, vue dans son intégralité, est bel et bien une catastrophe. Et cela nous fait de la peine de l’admettre et de l’écrire tant la série Euphoria avait clairement placé son auteur Sam Levinson comme un jeune prodige chaos. 

Entre nos premiers retours de Cannes et le déluuuuuge d’articles revolvers ailleurs, est-ce qu’on y croyait encore au Chaos? Très vaguement, puisqu’on garde encore les poussières d’étoiles et de MDMA qui ont imprégné nos rétines durant les deux saisons d’Euphoria. Le choix de s’attaquer au monde de la pop et des apparences, le tout épaulé par le chanteur The Weeknd, n’était certes pas l’idée la plus originale au monde, mais convenait comme un gant à Sam Levinson, qui devait à l’origine laisser les rênes de la réalisation à Amy Seimetz, actrice/réalisatrice à qui l’on devait certains épisodes d’Atlanta ou de The Girlfriend Experience. Révélée en mars dans un papier chic-choc de Rolling Stones, la production fut une tannée absolue: après avoir tourné la quasi-intégralité de la série, ballottée par des retards et des changements de dernière minute ahurissants, Seimetz est congédiée, Levinson prenant le relais pour tout reshooter à sa guise. Au classique jeu du sexisme à la petite semaine, The Idol change de ton et de propos, dégage des comédiens pour en intégrer d’autres, pour finir par devenir le bidule boiteux que l’on connaît.

Pour prendre un exemple de changement de poste abrupt récent, et ce, sur la même chaîne, on est loin, très loin, des rattrapages d’un Last of Us. Véhicule vrombissant pour le chanteur The Weeknd et pour Lily Rose-Depp (dont les qualités de comédiennes ont dû mal à se faire sentir ces dernières années), The Idol conte l’emprise d’un gourou/mac/onsenfout avec une star de la pop endeuillée et éreintée par une récente dépression. S’il fallait garder un morceau de ce long clip blingbling en huis clos, ce serait probablement la première demi-heure du tout premier épisode. Après une introduction so «L’important c’est d’aimer» où la Lily fait son numéro face caméra sur de la musique triste (scène fascinante tant l’actrice, censée représenter un parangon de beauté, semble volontairement enlaidie), tout le monde s’agite dans le manoir à l’issue d’une photo de trop circulant sur le net. Un des rares moments à peu près réjouissant du show, probablement dû à l’accumulation de têtes connues (Troye Siyan? Eli Roth? Hank Azaria imitant DeNiro?) et d’obscénités en tout genre (Jane Adams, déchaînée, rejoue quasiment son personnage d’Atlanta et semble définitivement venger la Joy de Happiness). Puis arrive The Weeknd et tout s’écroule: à aucun moment, on ne croit au coup de foudre entre la fake Britney et ce Jean-Claude de Macumba, caricature edgy du bad guy comme on n’en fait plus et comme on ne veut plus en voir. La BO a beau être superbe (on ne peut pas le nier), le brave Abel aurait dû rester accroché à son micro. Et l’écriture du show, forcément en béquilles, semble hésiter entre rendre le personnage pathétique, pour ne pas dire quasi parodique, ou a contrario charismatique – spoiler: il n’y arrive pas.

On vous épargnera les scènes sexy façon Fifty Shades of Grey où Lily/Jocelyn retrouve l’inspiration dans des jeux masochistes dignes des grandes heures d’Hollywood Nights (ces téléfilms thrillers érotiques qui passaient en seconde partie de soirée sur TF1). Tout pourrait être vulgaire, sulfureux et jouissif dans ses débordements; en place, la gêne, les bâillements, l’incompréhension. Lorsque que l’on coince l’héroïne et sa meilleure pote mater Basic Instinct sur grand écran, tout devient très clair: Levinson s’est vautré dans du wannabe Verhoeven, du Showgirls redux sans l’intelligence ni l’esprit du Hollandais violent. On décèle même dans les grandes lignes, un certain esprit provoc en rapport à tout ce qui agite l’époque: finalement, toutes ses victimes de relation toxique n’aiment-elles pas ça au fond? Passe l’image du coordinateur d’intimité enfermé dans la salle de bains, mais que penser de Lily-Rose Depp essayant de se rassurer sur le passé de son amant zinzin en se disant que son ex l’avait peut-être bien cherché? L’ambiguïté, le trouble, la pertinence, The Idol ne connaît pas, jusqu’à sa conclusion puante qui sent le finissons-en dans l’urgence. Ne subsistent qu’une jolie musique, une belle photo, quelques figures perdues (Da’Vine Joy Randolph en manager imposante, Suzanna Son en petite puce égarée…). Reste à savoir si Mister Levinson, qui se garde bien d’en dire plus, se relèvera de son caprice mal dégrossi… J.M.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici