La mauvaise expérience de Cabin Fever 2 – qui demeure inédit – a manifestement convaincu le réalisateur Ti West (The Roost) de ne faire que des films farouchement indépendants, hors du système. Pour The House of the Devil, il a été soutenu par le producteur Larry Fessenden, spécialisé dans les séries B aux budgets modestes et réputé pour laisser une totale indépendance aux artistes. Il ne pouvait pas mieux faire. Son vrai talent sur ce coup, c’est d’avoir su recycler de vieilles recettes d’une façon extraordinairement efficace. A travers un argument convenu (une baby-sitter motivée par l’argent pénètre dans une maison possédée par des satanistes), Ti West épouse un point de vue déséquilibré, construit une variété d’ambiances, exprime visuellement ce qui dépasse les mots (l’innommé, l’innommable) et progresse vers un climax très angoissant. Seules les quinze dernières minutes tombent dans l’horreur explicite. Auparavant, The House of the Devil ne fonctionne que sur le principe de la « suspension consentie d’incrédulité » («willing suspension of disbelief» en anglais), une expérience de simulation purement cognitive exerçant l’imagination et les sentiments de celui qui la vit.
Pas d’effets de style, une gestion simple du suspense, une narration somnambulique simplifiée à l’extrême : tout concourt au dénuement d’une intrigue qui vaut autant pour le pouvoir évocateur des images qu’elle invoque, que pour sa capacité à plonger le spectateur dans les friches mentales d’une héroïne seule avec ses démons. Ti West a trouvé en Jocelin Donahue une scream-queen digne de Jamie Lee Curtis en son temps, ressemblant physiquement à Margot Kidder (Superman) et possédant cette capacité, un peu comme Catriona McColl dans L’au-delà (Lucio Fulci, 1981) à faire croire en l’invraisemblable. A la manière de Halloween, de Rob Zombie, le film convie des seconds couteaux connus (Dee Wallace, Mary Woronov et surtout Tom Noonan, des années après son rôle mémorable dans Le Sixième Sens, de Michael Mann) et invite le spectateur d’aujourd’hui à reconsidérer le cinéma d’hier, plus libre et moins calibré. Une évidence, cependant : rarement, dans le genre, une forme du passé (les productions horrifiques et fantastiques des années 70-80) aura été utilisée avec autant d’intelligence, sans jamais verser dans la facilité parodique, ni le recyclage formel. S’il peut faire penser à John Carpenter (La Nuit des masques) et Roman Polanski (Rosemary’s Baby), l’ensemble évoque surtout les propositions extrêmes de Paul Bartel (Eating Out), Dan Curtis (Trauma), José Ramón Larraz (Symptoms), Armand Weston (Defiance of Good), Carlos Puerto (Satan’s Blood). Des cinéastes hermétiques aux conventions ayant en commun une attirance pour l’occulte, le bizarre, l’envers du décor, la putréfaction. Pour toutes ces raisons, The House of the Devil se découvre avec le degré d’excitation d’un cinéphile qui aurait retrouvé un classique oublié des années 70 sur une étagère de vidéoclub.

