« Suzume » de Makato Shinkai: l’art de raconter des histoires d’une grande complexité avec une fluidité miraculeuse

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Depuis la consécration de Your name (2016), Makato Shinkai s’est imposé comme un auteur majeur de l’animation japonaise contemporaine. Pour le situer, on pourrait dire qu’il s’est spécialisé dans les romances sur fond d’univers parallèles, avec un penchant marqué pour les paradoxes temporels. Avec Suzume, son cinquième long métrage, il creuse le sillon et continue à épater par sa capacité à raconter des histoires d’une grande complexité avec une fluidité miraculeuse.

À l’origine, il s’est inspiré d’un séisme particulièrement intense qui avait secoué l’est du Japon en 2011. Les habitants redoutent ce genre de cataclysme autant qu’ils s’y résignent, vivant au quotidien avec la conscience que rien n’est permanent et que demain, ils pourraient disparaître brusquement. À partir de ce contexte typiquement japonais, Shinkai apporte une dimension mythologique en imaginant que certains désastres sont provoqués par des démons, dont la puissance dévastatrice n’est pas pour autant motivée par une quelconque hostilité envers les humains. Ces démons sont maintenus enfermés derrière des portes que des gardiens sont chargés de vérifier régulièrement. L’histoire commence lorsque l’adolescente Suzume rencontre sur le chemin de l’école un voyageur mystérieux qui lui demande le chemin d’un endroit abandonné. Attirée par l’étranger, Suzume tente de le suivre et découvre une porte, qu’elle ne peut s’empêcher d’ouvrir, libérant un de ces fameux démons qu’il va falloir suivre à la trace pour l’empêcher d’ouvrir d’autres portes… Suzume retrouve brièvement l’étranger, qui a le temps de lui expliquer la situation (il est un gardien des portes) avant de subir un sort qui le transforme en chaise. S’ensuit un périple à travers le Japon pour aller fermer des portes, tandis que Suzume tente de garder le contact avec l’étranger.

Encore une fois, Shinkai imagine un univers hyperbolique, mais cohérent. La province japonaise y est représentée dans sa diversité géographique et démographique avec un réalisme quasi documentaire, tandis que les portes ouvrent sur des dimensions métaphysiques. Il s’agit d’un au-delà, un monde des morts, dépourvu de connotations religieuses, en même temps qu’un lieu où le temps est suspendu. Ouvrir la porte est donc une façon de se rencontrer soi-même dans le passé, le présent et l’avenir. C’est un monde éthéré que l’animateur a représenté en s’inspirant de ses souvenirs d’enfance à la campagne, où il passait ses journées à regarder le ciel, mémorisant toutes ses évolutions, qu’il a tenté de rassembler en une image pour signifier une idée d’éternel présent. Un autre élément visuel particulièrement singulier est également lié à l’enfance: la transformation de l’étranger en chaise rappelle à Suzume un souvenir d’enfance, et le fait qu’il lui manque un pied fait écho au vide qui existe dans le cœur de l’héroïne. Ce riche mélange d’initiatique et de romanesque a connu un succès colossal au Japon, où le film a battu des records de fréquentation en dépassant les 10 millions d’entrées. G.D.

12 avril 2023 en salle / 2h 03min / Animation, Aventure
De Makoto Shinkai
Scn Makoto Shinkai
Avec Eri Fukatsu, Koshiro Matsumoto, Shôta Sometani
Titre original Suzume no Tojimari

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