[CRITIQUE] SOI COWBOY de Thomas Clay

Il y a cinq ans, Thomas Clay avait marqué les esprits avec The Great Ectasy of Robert Carmichael, un cauchemar sous l’influence de Michael Haneke dans lequel un adolescent réceptacle de la haine du monde éclatait comme une bombe à retardement. En apparence, il change de registre avec Soi Cowboy, un second long métrage tourné dans des conditions propres au cinéma-guérilla (écriture en deux jours, tournage en Thaïlande de trois semaines, montage et mixage sur un ordinateur portable). En apparence, l’ambition est simple : disséquer l’histoire d’amour marchand entre un scénariste européen ventripotent (Nicolas Bro, vu dans Dark Horse de Dagur Kari) et une hôtesse de bar thaïlandaise (Pimwalee Thampanasyan). Dans les deux premiers tiers, Clay parvient à capter la rouille intime de ce faux couple dans un univers rendu exsangue par la globalisation de la médiocrité et la perversion des idéaux. Les deux personnages ont beau être ensemble dans le cadre; on mesure à chaque plan la distance qui les sépare. Au-delà du contraste physique et du choc des cultures, la confrontation révèle surtout la déroute des relations humaines et la lente anesthésie des sentiments que l’on subissait déjà dans The Great Ecstasy of Robert Carmichael. Pendant longtemps, cet enfer domestique placé sous le signe d’un burlesque minimaliste engage en profondeur la sensibilité et la réflexion même si, comme dans son précédent film, Clay presse ses quelques idées comme un citron (il faut que ça se voie et que ça saute aux yeux). En dépit du volontarisme, il va jusqu’au bout de sa vision paranoïaque du monde. Le rythme extrêmement lent plonge le spectateur dans la torpeur. Mais, au moment où l’on pense arriver à saturation, l’histoire racontée jusqu’ici en noir et blanc passe à la couleur et génère un décrochage narratif proche de la fantasmagorie (une affaire de mafia et de frères rivaux). Les deux histoires ne semblent pas liées. Pourtant, leur morale est identique : l’argent régit les sentiments, et pas l’inverse. On comprend trop bien où Clay veut en venir – d’autant qu’il ressemble comme deux gouttes d’eau à l’Européen obèse – mais il n’est pas interdit de trouver la première partie, assurée par l’équipe d’Apichatpong Weerasethakul (Oncle Boonmee qui se souvient de ses vies antérieures), plus stimulante que la seconde, par trop démonstrative.

Les articles les plus lus

« River » de Joshua Juliano : vers un nouveau « Obsession » ?

Le film d’horreur River, réalisé par Joshua Juliano, se...

Bill Plympton met en dessin le clip musical du groupe Average Friends

Bill Plympton, chéri du Chaos, s'associe au duo indie...

« Snake: Gridbreaker » : quand le jeu Snake rencontre le roguelite d’action

Et si le célèbre jeu Snake se transformait en...
spot_img

Notre tableau des étoiles

À lire absolument

spot_imgspot_img
Il y a cinq ans, Thomas Clay avait marqué les esprits avec The Great Ectasy of Robert Carmichael, un cauchemar sous l'influence de Michael Haneke dans lequel un adolescent réceptacle de la haine du monde éclatait comme une bombe à retardement. En apparence, il...[CRITIQUE] SOI COWBOY de Thomas Clay