« Avant le vernissage de son exposition, le quotidien d’une artiste (Michelle Williams) et son rapport aux autres, le chaos de sa vie va devenir sa source d’inspiration… ». C’est un peu tout ce que l’on savait de Showing Up, le nouveau long métrage de la si douée et si discrète Kelly Reichardt, avant de le découvrir au dernier Festival de Cannes. On ignorait ainsi, en amont, que l’héroïne-artiste héritait malgré elle d’un pigeon blessé par un gros matou roux, que lui confiait sans ménagement sa propriétaire. Que, d’abord une charge mentale enquiquinante, l’oiseau gagnait peu à peu sa place et devenait progressivement le centre névralgique du film, lien souterrain unissant des personnages tous psychiquement tiraillés entre des aspirations artistiques et le prosaïsme de la vie matérielle.
En surface, tout cela paraît assez banal, mais le projet du film (mettre à nu les coulisses pas toujours très funky de la création) n’est en fait pas si commun. Comment opère aujourd’hui un artiste dont la notoriété reste à faire (en arrondissant ses fins de mois dans une école d’art où, derrière la froideur d’un bureau, notre Michelle imprime des flyers d’artistes qui eux-mêmes commencent à gagner leur galons…) et dont le chauffe-eau en panne contraint au nomadisme permanent pour ne pas sentir le bouc? Michelle semble en rupture avec tout ce qui l’entoure – sa priorio artiste est une proche en même temps qu’une rivale dont la carrière décolle – et paraît souffrir autant que chérir cette solitude dont s’enquiert toute personne ayant des velléités créatrices. Son visage en dit long sur son rapport au monde: vous allez dire qu’on a abusé du café, mais on y a vu un peu de Tilda Swinton dans Memoria, un visage fermé et pourtant disponible sur lequel peut s’inscrire toute une mélancolie antonionienne qui emportera le film longtemps avec nous. Diaphana le sortira dans les salles françaises courant 2023. G.R.
