« She will » de Charlotte Colbert: beau livre d’images féministe et appliqué, mais jamais réellement troublant

0
1489

On voit «Dario Argento Presents» avec la police du générique de Suspiria, et évidemment, on crie (un peu). Oubliez: Tonton Dario n’est arrivé que tardivement sur la production de She Will, qui ne se réclame nullement du réalisateur transalpin. Heureusement, il y a Alice Krige, formidable comète au visage de marbre, croisée dans des rôles de créatures folles et dangereuses (la maman féline de La nuit déchirée, le spectre pourrissant de Ghost Story, la reine Borg de Star Trek: First Contact) ou aperçue chez Barbet Schroeder (elle se battait avec Faye Dunaway dans Barfly), Ivan Passer (elle jouait Mary Shelley dans Un été en enfer), chez les frères Quay (elle était l’instit bizarre de Institut Benjamenta) ou encore chez Guy Maddin (le féerique Twilight of the ice nymphs). Mais malgré sa prestance, son charisme, son étrangeté, sa carrière s’est toujours constituée en pointillée, loin des bruits: Christopher Gans s’était bien souvenu d’elle pour son Silent Hill, où elle incarnait la grande bigote sournoise martyrisant ses pauvres ouailles.

Cachetonnant dans des téléfilms de Noël ou des prod Netflix (on l’aperçoit dans The OA et dans l’atroce Texas Chainsaw Massacre 2022), on s’inquiétait: mais son rôle de sorcière ambiguë dans le Gretel & Hansel de Oz Perkins, commençait à nous faire croire que quelques zinzins savaient encore quoi en faire. Et c’est exactement ce qui arrive avec She Will, où Charlotte Colbert la filme en star vieillissante, entaillée dans sa chair après une mastectomie, cherchant à prendre congé dans un cottage new-age. Là-bas, l’air ensorcelant et l’atmosphère boueuse lui réservent quelques surprises…

Sauf que justement, She Will en manque de surprises: on a beau être redevable de voir un tel rôle échouer à Krige, brassant trauma du corps et de l’esprit, abus des Pygmalion du cinéma (coucou Malcolm Mcdowell en réalisateur malintentionné), ou reconquête de la féminité, tout semble désespérément cousu de fil blanc (et un brin déceptif, par-dessus tout). Colbert part à la cueillette et ramasse ce qu’elle peut dans son panier: un peu d’Antichrist (forêt tordue et renard dodu), de Under the Skin (la matière noire dévorante et régénératrice), de Polanski (pour les locataires zinzins, donc un Rupert Everett que la vieillesse a rendu méconnaissable…), de The Witch (pour le petit mood sabbat vengeur)… Les images superbes, la belle b.o très ahah ohoh et le duo d’actrices principales (illustration de la fatale rencontre de la vieille boomeuse et de la jeune branchée, mais heureusement ici sans traits caricaturaux) ne sauvent pas ce beau livre d’images féministe et appliqué, mais jamais réellement troublant. J.M.

30 novembre 2022 en salle / 1h 35min / Thriller, Drame, Fantastique
De Charlotte Colbert
Par Kitty Percy, Charlotte Colbert
Avec Alice Krige, Kota Eberhardt, Rupert Everett

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici