Sans surprise, Scream cinquième du nom avait confirmé toutes les craintes redoutées: sans son maître à bord, la franchise s’écrasait sur les rochers, engloutie par une mer de nostalgie molle et engluée par un regard de fanboy sans malice. Tourné dans une précipitation terrifiante, le sixième opus n’avait qu’un mot (ou plutôt deux) à ses lèvres: NEW YORK. Plus I-conne qu’iconique, l’idée même de ce déplacement géographique censée redonner un coup de peps à la nouvelle génération de héros (les sœurs Carpenter et les Meek-Martin) sentait ouvertement le roussi: lassée, même Neve Campbell refuse cette fois de décrocher le combiné, laissant à sa comparse Courtney Cox, secondée cette fois d’une Hayden Panettiere échappée du 4, le soin de jouer les survivantes all-stars. Eh bien croyez-le ou non, mais le tandem Gillet/Betinelli-Olpin fait un peu mieux cette fois-ci, probablement parce que délesté du poids du lourd héritage cravenien (bon le box-office a fort bien hurlé aussi: ça aide). On passera sur l’utilisation médiocre de la Big Apple, jamais filmée au bon endroit (hormis tout le long passage dans le métro, teasé lourdement en amont), jamais là, jamais incarnée… et pour cause, tout a été tourné à Montréal (!).
Pour ce qui est de l’introduction, avec son groupuscule de tueurs se dessoudant entre eux, on se sent tout de suite bien loin de l’hommage mou du genou au premier film qui ouvrait le précédent. Pour le reste? C’est toujours très bête (le fameux énoncé des règles par la cinéphilos de service, un leitmotiv d’une rare finesse), pas toujours bien joué (le voisin beau-gosse aussi expressif qu’une cafetière et la pauvre Melissa Barrera, une Gal Gadot de fortune toujours aussi peu convaincante), mais l’étrange méchanceté qui teinte soudainement la franchise offre quelques occasions de remuer dans son fauteuil. Difficile de comprendre pourquoi les réalisateurs de Wedding Nightmare se complaisent cette fois dans un gore brutal et crapoteux (une pensée pour le calvaire de la pauvre Devyn Nekoda, éviscérée et catapultée dans les ordures comme un vieux sac!), qu’on préférera de loin à la tiédeur révoltante de son prédécesseur. Les réflexions méta ne volent pas bien haut, cherchant à peine à justifier l’existence de ce volet (fan-base toxique, le retour), mais la révélation finale, toujours aussi grand-guignolesque et impossible à prendre au sérieux, doublée d’une caractérisation toujours aussi alarmante de son héroïne (on se croirait dans Star Wars), finit par faire pencher tout ce beau monde vers la sphère du plaisir coupable. Tant qu’à choisir, on préfère. J.M.
8 mars 2023 en salle / 2h 02min / Epouvante-horreurDe Matt Bettinelli-Olpin, Tyler Gillett Par Kevin Williamson, James Vanderbilt Avec Melissa Barrera, Courteney Cox, Jenna Ortega |

8 mars 2023 en salle / 2h 02min / Epouvante-horreur