« Passages » de Ira Sachs en ouverture du Champs-Elysées Film Festival: c’est comment?

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Le nouveau long métrage de Ira Sachs a ouvert le Champs-Élysées Film Festival, qui se tient cette année du 20 au 27 juin. Verdict chaos.

Tomas (le discoboy Franz Rogowski), réalisateur allemand dont le melon ne se prend pas pour la queue d’une poire, vit en couple depuis 15 ans à Paris avec Martin (Ben Whishaw), un spécialiste en lithographies officiant dans une imprimerie. Lors de la fête de fin de tournage, il fait la connaissance d’Agathe (Adèle Exarchopoulos): un échange de regard et trois petits coups de popotin échangés sur le dancefloor suffisent à les mener vers le chemin du lit. De retour au petit matin dans son appartement parisien – appelons ça un loft vu la hauteur du plafond! – Tomas joue d’abord les distraits, abordant en guise d’excuse le genre de phrase passe-partout dont tout le monde sait pertinemment qu’elles ne dupent personne (du style: « désoley chéri, je n’ai pas vu le temps passay »). Mais son tempérament frontal et directif reprend vite le dessus: oui, il vient de coucher – probablement pour la première fois – avec une femme, et oui, il a ressenti quelque chose qu’il n’avait pas éprouvé depuis longtemps dans son bidou, bidou au demeurant toujours mis en valeur par d’affriolants t-shirts filets et autres crop tops pas très Jean-Michel Blanquer compatibles. Vous pensez bien que le Ben Whishaw, même s’il tente de se montrer compréhensif (c’est un Anglais), n’accueille pas la nouvelle de la meilleure des façons…

Cette trame comique déjouant habilement les codes du mélo amoureux – pas de cri ni d’effusion de larmes ici, presque en dépit du bon sens scénaristique – avait tout pour nous séduire jusqu’au bout. Le père Ira semble avoir glissé le temps de quelques scènes le piment rouge qui manquait un peu à ses films-pralines précédents (son Brooklyn Village en 2016 a longtemps été synonyme de « narcotique » au sein de ces colonnes). Ici, une scène de sexe dispensée avec culot au nez et à la barbe d’un membre du trio qui en est exclu; là, une rencontre proprement hilarante avec les parents d’Adèle qui voient surgir à la maison un Franz en tutu qui ne s’est pas lavé depuis trois jours pour leur première (et probablement dernière) rencontre familiale. Mais ce nouveau long-métrage perd de son jus en cours de chemin, la faute probablement à un défaut de fabrication scénaristique que peu de cinéastes auraient réussi à combler: il existe un tel déséquilibre entre l’égotiste Rogowski et ses larbins amoureux Ben et Adèle – deux êtres en sucre dont on peine vraiment à comprendre par quel heureux miracle, ils ont pu s’éprendre du mufle allemand qui-n’écoute-que-ses-désirs – que le film peut difficilement tenir sur ses deux jambes pendant 90 minutes. Quitte d’ailleurs à poser un intrigant problème de gaze, pour employer une phraséologie à la mode: le film semble tellement rogowski-oriented que notre pauvre Adèle n’existe qu’à travers le regard masculin (et bien toxicccc) du despotique Franz. Soit justement l’écueil dans lequel La vie d’Adèle (qu’Ira dément avoir vu alors qu’ici aussi Adèle est prof en école primaire et que du mucus se dérobe de son nez quand elle pleure!) se gardait bien de tomber… G.R.

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