[CRITIQUE] PAPERBOY de Lee Daniels

A l’origine, il y a un roman de Pete Dexter convoité par Pedro Almodovar et Paul Verhoeven. Mais c’est Lee Daniels, réalisateur indépendant US consacré avec « Precious », qui a coiffé tout le monde au poteau. « Paperboy » possède la lourdeur pachydermique du précédent film du cinéaste, la prédilection pour la surenchère, la fascination pour la laideur physique et morale, la complaisance aussi. Mais le mélange parfois indigeste est tempérée par des éclairs de folie.

Conformément au livre, le contexte (la Floride des années 60), l’enjeu dramatique (l’enquête de deux journalistes pour sauver un condamné à mort) et les personnages qui cachent tous quelque chose font la substance de cette chronique fourmillant de thèmes et d’intentions. Lee Daniels a confié la voix-off à la bonne noire, jouée par Macy Gray pour témoigner de l’Amérique ségrégationniste des années 1960. Mais par souci de clarté, il aurait dû respecter le roman et épouser le point de vue de l’adolescent travaillé par ses hormones joué par Zac Efron. D’autant que c’est le personnage qui l’inspire le plus, notamment parce que sa franchise va à l’encontre de l’hypocrisie ambiante et que, pendant cet été des méduses, il va grandir. La métamorphose est aussi valable pour l’acteur, naguère icône Disney, qui s’essaye dans un rôle plus trash qu’à l’accoutumée. C’est là où l’on se rend compte que la force de cette peinture acide d’une Amérique white-trash réside dans l’incarnation. Les acteurs, comme on ne les a jamais vus, se donnent à corps et âme, sans compromission possible, avec autant de beauté que de gratuité. Ils sont prêts à accepter des séquences décalées que l’on trouvera troublantes ou de mauvais goût (la scène de sexe scandée par des inserts d’animaux). Et on est à peu près sûr de ne plus jamais revoir de telles pointures dans de telles postures, à commencer par Nicole Kidman mémorable dans un rôle de nymphomane taillé sur mesure pour les premiers films de John Waters. Ça ne suffit à faire de « Paperboy » un bon ou un grand film mais, au moins, un objet fascinant dont on se demande encore si les audaces stylistiques sont prodigieuses ou ridicules, drôles ou sinistres, offensives ou vaines.

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