[CRITIQUE] OLIVER TWIST de Roman Polanski

Dans un orphelinat de l’Angleterre victorienne, Oliver Twist survit au milieu de ses compagnons d’infortune. Mal nourri, exploité, il est placé dans une entreprise de pompes funèbres où, là encore, il ne connaît que privations et mauvais traitements. Oliver endure tout, jusqu’au jour où une provocation de trop le pousse à s’enfuir vers Londres. Épuisé, affamé, il est recueilli par une bande de jeunes voleurs qui travaillent pour le vieux Fagin. Entre Dodger, Bill, Nancy et les autres, Oliver découvre un monde cruel où seules comptent la ruse et la force. Arrêté pour une tentative de vol qu’il n’a pas commis sur la personne de Mr. Brownlow, Oliver ne trahit pas sa bande et s’attire la bienveillance du brave homme. Mais Fagin et Bill ne tardent pas à remettre la main sur lui et l’obligent à participer au cambriolage de la demeure de son bienfaiteur.

Après Le pianiste, œuvre d’exorcisme viscérale, Roman Polanski adapte Oliver Twist, le roman de Charles Dickens, dans l’optique d’en faire un film pour enfants. Or, contrairement aux apparences (et aux mœurs), la principale qualité du film réside précisément dans l’envie de ne pas céder à l’infantilisation outrancière ou de ressembler à une invitation pénible à la niaiserie bariolée comme le dernier Tim Burton. Bien au contraire.
Totalement synchrone avec les codes dickensiens, Oliver Twist affiche la couleur noire à tous ses niveaux fictionnels. Si le réalisateur n’apporte pas de modifications à l’œuvre et se contente de suivre comme un bon élève la trame originelle, son opus se hisse sans peine en haut des productions du cru. Son atout le plus sûr réside dans cette volonté de faire respirer au spectateur des encens noirs, ambigus et délétères, de retranscrire les blessures enfouies et décrire l’ascension sociale malaisée d’un enfant en quête d’amour et de savoir. Avec quelques références personnelles, le réalisateur inscrit dans ses meilleurs moments son dernier film dans le sillage des films de Robert Mulligan et autres Jack Clayton (L’autre et Chaque soir à neuf heures) avec ce même traitement qui consiste à ne pas faire d’impasse sur la cruauté inhérente à l’existence et cette même capacité à dessiner un univers enfantin feutré et en réalité violent.

Seulement, Polanski lorgne souvent vers un académisme de la belle image. Le soin accordé à l’écrin s’exprime parfois au détriment de la progression dramatique. Illustrateur plus qu’auteur, le réalisateur parvient malgré tout à instiller une douce folie parano, notamment dans sa description d’un monde rongé par la médiocrité et la méchanceté humaines ou à travers le portrait du héros naïf plongé dans le tumulte de la vie. Avec sa tragédie grotesque à laquelle manque un vrai vertige polanskien (grosso modo, on est loin du Locataire), le cinéaste n’a rien perdu de son talent pour narrer des histoires denses mais, constat un chouïa décevant, devient au fil de ses films de plus en plus conventionnel et pépère. Contrepoints accessoires qui n’entachent que partiellement un divertissement notable.

Les articles les plus lus

spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
Dans un orphelinat de l’Angleterre victorienne, Oliver Twist survit au milieu de ses compagnons d’infortune. Mal nourri, exploité, il est placé dans une entreprise de pompes funèbres où, là encore, il ne connaît que privations et mauvais traitements. Oliver endure tout, jusqu’au jour où...[CRITIQUE] OLIVER TWIST de Roman Polanski
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!