« N°10 » de Alex van Warmerdam: un film qui bascule dans une dimension totalement imprévisible

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2017

Depuis Abel (1986) et surtout Les habitants (1992), Alex van Warmerdam s’était imposé comme un des plus singuliers et appréciables des cinéastes hollandais contemporains. Artiste polyvalent, il est passé par les arts graphiques avant de monter une troupe de théâtre avec son frère puis de passer à la réalisation de films marqués par l’humour noir et le surréalisme. S’il est définitivement reconnu dans son pays où il a récolté de multiples prix, il n’en est pas de même à l’international, notamment en France, où ses films ne sont pas tous distribués. Ce relatif déficit de visibilité (à l’exception de la sélection à Cannes de Borgman en 2013) explique en partie la baisse d’intérêt qu’il a pu susciter. La surprise est d’autant plus heureuse à la vision de son dixième long métrage (logiquement intitulé N°10) qui concentre ce qu’il a fait de mieux tout en ménageant son lot d’imprévus.

Le début ressemble à une mise en abyme du processus de création au théâtre, doublé de ce qui ressemble à un drame domestique. Günter, un acteur, a une aventure avec la femme du metteur en scène. Lorsque celui-ci s’en rend compte, il rétrograde Günter et échange son rôle avec celui que tenait jusqu’à présent un autre acteur dont les répliques étaient limitées à cause de sa mémoire défaillante. Jusqu’ici, le récit se concentre sur le conflit d’égos qui remue les différents protagonistes, alors qu’un certain nombre d’indices apparemment anecdotiques laissent penser que la vie de Günter cache quelque chose. Sa fille lui pose des questions étranges et semble vouloir le surveiller, tandis que d’autres personnages plus inquiétants s’intéressent aussi à lui. Jusqu’à ce qu’un rebondissement soudain fasse basculer le film dans une dimension totalement imprévisible.

Contrairement aux affirmations du directeur du théatre semblant justifier l’absence de logique et l’improvisation, la mise en scène de Warmerdam est d’une précision minutieuse, et s’appuie sur un script rigoureux et des décors souvent construits sur mesures. Les habitués seront ravis de retrouver des visages, thèmes ou motifs familiers, tout en découvrant des territoires insoupçonnés. Jamais le Hollandais n’avait été aussi loin dans le mélange des genres, la satire coexistant ici avec le fantastique et la science-fiction. Warmerdam a eu une éducation catholique, mais à part un sketch satirique ciblant le prosélytisme des missionnaires dans Les habitants, il n’avait jamais attaqué l’institution religieuse avec autant de virulence que dans ce film. Il faut le voir pour le croire, mais le dernier plan est littéralement sidérant. G.D.

30 août 2023 en salle / 1h 40min / Drame, Science fiction, Comédie
De Alex Van Warmerdam
Scn Alex Van Warmerdam
Avec Tom Dewispelaere, Frieda Barnhard, Anniek Pheifer
Titre original Nr. 10

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