[CRITIQUE] MY ZOE de Julie Delpy

Après son divorce, Isabelle, généticienne, tente de reprendre sa vie en main. Elle tombe amoureuse et décide de relancer sa carrière. Mais son ex-mari, James a du mal à l’accepter et lui rend la vie dure dans la bataille qu’il mène pour obtenir la garde de leur fille Zoe. Une tragédie les frappe et la famille s’en trouve brisée. Isabelle décide alors de prendre le destin en main.

Définitivement, Julie Delpy ne fait rien comme les autres, comme actrice et comme réalisatrice; et, rien que pour ça, on l’en remercie. Si son cinéma arpente des genres a priori très différents à chaque nouvelle tentative, ses films n’en obéissent pas moins à la logique de son auteure, scrutant l’étrangeté de nos comportements (à différentes époques) et la confusion de nos identités. Sur ce coup, My Zoe surprend vraiment parce qu’il déstabilise, même lorsqu’on est rompu au style Delpy. La première partie, viscérale dans les sentiments, stimulante dans les engueulades, rappellera à ses aficionados son obsession des liens filiaux et sa sempiternelle constellation de névroses… Puis, le récit négocie à mi-parcours un virage à 180 degrés, nous balançant à la gueule un coup de théâtre qu’il serait malvenu de divulgacher. Et il faut alors accepter de s’aventurer dans des zones bien moins confortables.

Ce revirement de situation nous guide vers une fin éclatante, célébrant une croyance indéfectible en la bonté humaine, en s’attachant à un trio – d’un côté, un couple fortuné (Gemma Arterton et Daniel Brühl) et, de l’autre, l’héroïne jouée par Julie Delpy. On n’attendait pas Juju dans le registre de l’extraordinaire, de la science-fiction, de l’anticipation… et l’on regarde avec une vraie fascination cette succession d’audaces, en se demandant si elle va réussir à maintenir le cap jusqu’au bout. Ce qui est sûr, et c’est une qualité, c’est que ça désarçonne comme ça émeut. Mais My Zoe, dont on ne discutera pas la raison d’être, souffre d’une ornière de taille face à de tels enjeux: si le fond dérive bien, la forme, elle, ne suit pas. Pas tellement une question de moyens que de mise en scène, peinant à conférer une dimension plus forte et poignante à ce qui s’agite à l’écran. C’est dommage donc mais pas assez pour gâcher l’impression d’ensemble. S.R.

Les articles les plus lus

spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!