Megalomaniac s’inspire librement du cas du Dépeceur de Mons, un tueur en série ayant sévi en Belgique dans les années 90. Du fait divers, Karim Ouelhaj tire un film d’horreur assez impressionnant, disponible sur Shadowz.
Sujet délicat s’il en est que celui de Megalomaniac, qui imagine le destin de la progéniture du Dépeceur de Mons, ce serial-killer belge dont on n’a jamais retrouvé la trace, qui aurait laissé derrière lui, et ce, pendant une dizaine d’années, de nombreux corps dépecés sur le bord des routes. L’aîné de cette famille imaginaire, un garçon ténébreux, a pris le pli et continue méthodiquement l’œuvre de son père. La plus jeune, piégée dans une vie minable, entre harcèlement sexuel et détestation de soi, se doute bien évidemment que les absences de son frangin ne sont pas dues au hasard. Assaillie de cauchemars, le feu qui bout au dedans, elle attend son moment pour céder à son tour à de terribles pulsions…
Parmi toutes les approches possibles (le achtung achtung en folie? Le Schizophrenia bis? l’épisode mal embouché de Strip Tease? L’orgie de tripailles?), Karim Ouelhaj opte pour un cauchemar ouaté et étouffant, faisant évoluer ses deux ogres dans un manoir/château qui n’est pas sans rappeler autant celui des contes à dormir debout que celui du couple Fourniret. On connaît le cinéma belge pour son appétence avec une certaine poésie surréaliste et macabre (Calvaire, Les lèvres rouges, Vases de Noce, Bruges la morte ou plus récemment Hotel Poseidon): elle fait à nouveau des miracles ici, au détour de visions stupéfiantes comme cette bacchanale au milieu des serpents et de la fange, grosse louche de tableaux hérités du romantisme noir qui donne au film l’élan pour s’extirper du vilain torture porn attendu au tournant. Et là où le grotesque grimaçant aurait pu pointer le bout de son nez, son duo tragique est mené avec force par deux formidables comédiens, dont une Eline Schumacher évoquant plus d’une fois une certaine Elizabeth Moss. Slalomant entre la «belle horreur» et les francs moments de malaise, quelques doutes persistent lors d’une excursion finale se précipitant dans le splatter gore tremblotant, chose qu’il avait évité assez brillamment jusque là. Au regard du reste, la tolérance est de mise. J.M.
