[CRITIQUE] MARTHA MARCY MAY MARLENE de Sean Durkin

Après avoir fui une secte et son charismatique leader, Martha tente de se reconstruire et de retrouver une vie normale. Elle cherche de l’aide auprès de sa sœur aînée, Lucy, et de son beau-frère avec qui elle n’avait plus de contacts, mais elle est incapable de leur avouer la vérité sur sa longue disparition. Martha est persuadée que son ancienne secte la pourchasse toujours. Les souvenirs qui la hantent se transforment alors en effrayante paranoïa et la frontière entre réalité et illusion se brouille peu à peu…

Martha Marcy May Marlene débarque un an après le superbe Winter’s bone (Debra Granik, 2010), sorte de remake de Massacre à la tronçonneuse par les frères Dardenne, qui propulsait au firmament l’actrice Jennifer Lawrence. Vus les similarités entre les deux films, on peut donc légitimement avoir une impression de redite d’autant qu »ils partagent le même acteur (l’excellent John Hawkes), encore une fois dans un rôle ambigu et lorgnent vers le réalisme magique, avec la même approche documentaire et onirique.  Faut-il pour autant réduire cette dérive à un nouvel exercice de style estampillé Sundance? Heureusement, non. Élégie de l’adolescence au moment de son extinction, Martha May Marcy Marlene parle de la beauté de la délivrance. Le scénario respecte la logique de la fugue mentale et anxiogène, quelque part entre cauchemar familier et rêve étrange, décortiquant qui se passe dans la tête d’une Virgin Suicide refugiée chez sa sœur et son beau-frère après s’être enfuie d’une secte. Pourtant, même enfermée dans une maison en forme de tombeau, elle est rattrapée par son ancien démon : un gourou charismatique, un Charles Manson des temps modernes qui instrumentalise ses ouailles et dévore ses enfants.

Le passé et le présent s’emmêlent les pinceaux pour annoncer un futur contrarié. Comme tant de souvenirs remontant à la surface, le télescopage et les jeux de temporalité représentent idéalement la confusion mentale de l’héroïne schizophrène et paranoïaque en circulant à travers les nœuds et boucles d’un labyrinthe. On comprend alors que les quatre prénoms de filles du titre désignent en réalité une seule et même personne. Et le jeune réalisateur Sean Durkin raconte cette dérive en collant le plus possible à un cœur et un cerveau au ralenti. A force de murmures, de gestes tremblants et de regards obscurs, Elizabeth Olsen, longtemps restée dans l’ombre de ses sœurs jumelles, trimballe une mélancolie et une sensualité incroyables, un peu à la manière de Maggie Gyllenhaal dans La Secrétaire. En sombre état de grâce, l’ensemble possède de sérieux atouts : une écriture solide, une photo lumineuse, une interprétation en or. D’autant que ce flou onirique, longtemps indécis, trouve une vraie cohérence dans ses dernières minutes, comme rattrapé par la réalité, et provoque une montée d’angoisse inattendue. Ce n’est pas tous les jours qu’un dernier plan peut prétendre à couper le souffle.

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Date de sortie 29 février 2012 (1h 41min) De Sean Durkin Avec Elizabeth Olsen, John Hawkes, Sarah Paulson Genres Drame, Thriller Nationalité Américain [CRITIQUE] MARTHA MARCY MAY MARLENE de Sean Durkin
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