[VITE VUS 🔴] « The Tragedy of Macbeth » de Joel Coen & « Le Diable n’existe pas » de Mohammad Rasoulof

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Séances de rattrapage pour The Tragedy of Macbeth de Joel Coen le temps d’une projo-surprise & Le Diable n’existe pas de Mohammad Rasoulof au cinéma.

The Tragedy of Macbeth (★★), premier film de Joel Coen en solo depuis Intolérable Cruauté, est une Å“uvre visuellement stupéfiante, d’un expressionnisme et d’un brutalisme sinistres et déshumanisés, collant parfaitement à la pièce la plus horrifique de William Shakespeare. Succédant aux adaptations remarquées de Orson Welles (Macbeth, 1948) ou Akira Kurosawa (Le Château de l’araignée, 1957), la version de Joel Coen marque un repliement vers la forme théâtrale, que le film peine à transcender. Et le film de rester à l’état d’exercice de style vaniteux et autoritaire.

Pourtant, The Tragedy of Macbeth est techniquement impeccable, et pose une ambiance mortifère délectable dès les premières minutes. L’esthétique du film joue sur les nuances de blanc et de noir (un vrai noir et blanc, et non un caprice comme chez Jacques Audiard), minéralise et caricature les traits hallucinés de Denzel Washington et Frances McDormand,  monstrueux en couple Macbeth. Néanmoins, les yeux rivés sur son concept, le film, qui aurait pu tout aussi bien être une pièce de théâtre moderne filmée, s’enferme sur lui même et étouffe à petit feu – malgré quelques soubresauts comme les apparitions de la sorcière et le plan final. Oui, tout The Tragedy of Macbeth crie Bergman et Dreyer, mais Joel Coen donne rarement corps à un film sec et rigide. M.B.

Composé de plusieurs parties en forme de sketch, Le Diable n’existe pas de Mohammad Rasoulof (★★★★), actuellement en salles, qui a remporté l’Ours d’Or à Berlin en 2020, propose une réflexion sur le libre arbitre, le devoir de désobéir et la responsabilité de chacun face à la peine de mort, encore active en Iran (246 exécutions en 2020 en Iran selon Amnesty International), vue du coté des bourreaux comme des familles des victimes. Dans la première partie, et sans doute la plus réussie, Mohammad Rasoulof plonge le spectateur dans un climat de bien-être. Le quotidien banal d’une famille est présenté, sans que l’on connaisse les enjeux dramatiques cachés derrière ce trompe-l’œil. Et combien les horreurs peuvent choquer une fois dissimulées dans le train-train quotidien. Les sketchs suivants, plus romantiques, confrontent les personnages au dilemme de l’obéissance, puis les forcent à choisir l’amour à la mort, avec toujours, ce sentiment qu’un danger immédiat est sur le point d’éclater.

Le Diable n’existe pas permet à Rasoulof d’exprimer pleinement des idées et de revenir sur des thèmes déjà inscrits dans ses longs métrages précédents, tandis que son écriture cinématographique y atteint un degré de précision proche de la perfection. Une perfection atteinte sans doute grâce à la contrainte. En effet, pour échapper à la censure, le réalisateur a dû cacher son film derrière un soap opera et tourner, au yeux de tous, un film qui n’avait rien à voir. Il raconte même en interview qu’un jour, un policier l’ayant reconnu a posé son doigt sur sa bouche pour faire comprendre qu’il ne le dénoncerait pas. Ce stratagème exige une maîtrise constante et deux fois plus importante de son texte, car au final le scénario de chaque épisode dicte sa mise en scène – et non l’inverse. C’est puissant et c’est à voir depuis mercredi en salles. S.R.

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