Drôle d’endroit pour une rencontre. Tenancière mollassonne d’une salle de sport perdue dans un trou paumé du nouveau-Mexique, Lou (Kristen Stewart) s’est enterrée dans l’espoir de protéger sa sœur, malmenée par un mari violent. Mais le coup de foudre qu’elle a pour Jackie (Katy O’Brian), une outsider venue s’entraîner en vue d’un show de bodybuildeuses à Las Vegas, va tout changer. En bien, comme en mal…
On n’aurait jamais parié que la réalisatrice britannique Rose Glass (Saint-Maud) s’enfuirait dans l’Amérique ordurière pour tricoter un polar lesbien ultra-assumé! Pas du tout là où on l’attendait, et quelque part, on adore ça. On se disait même que, raté ou pas, ce que dessinait le film en amont avait quelque chose d’assez rafraîchissant: Kristen Stewart, si elle est une comédienne fort inégale, a profité de la promo du film pour écrire une nouvelle fois le mot «gouine» sur son front avec une série de shooting jouant allégrement avec les codes du genre. Et à l’heure actuelle, force est de constater que peu de stars out peuvent se permettre un tel fuck off libérateur. Dans le film, nicotinée à bloc, en mulet gras et peu assuré, elle ne déplace pas les murs, mais elle est «elle», loin du glamour fade qui lui colle à la peau (de la sauce Twilight jusqu’au boursouflé Spencer), et on s’en félicite. Plus impressionnante, au risque de l’écrabouiller, c’est Katy O’Brian, révélée dans The Mandalorian, dans le rôle de la femme rêvée qui va tout cramer sur son passage. Une She-hulk dont la ferveur délirante n’est pas loin d’épouser celle de l’héroïne de Saint-Maud: sa frénésie sportive et ses colères incontrôlables en font une déesse de la destruction d’un nouveau genre. Amour, gloire et stéroïdes… gare aux éclaboussures!
Si les sœurs Wachowski s’amusaient bien du contraste fem/butch dans Bound, jusqu’alors considéré comme LE thriller lesbien, Love Lies Bleeding en offre un autre jamais vue encore, convoquant un féminin hors des clous, scrutant le corps de Jackie/Katy O’Brian autant comme une arme de séduction qu’une imprévisible masse en mutation. Et ne se gêne pas pour l’aiguiller vers une sexualité franche. En l’occurrence, c’est ce qui fait la différence ici, puisque sous ses oripeaux lesbiens, Love Lies Bleeding reste un néo-noir bien ancré dans un héritage 80/90 (Blood Simple, Red Rock West, Sailor & Lula, After Dark my Sweet, Hot Spot…) qui sacrifie tout sur l’autel de l’efficacité et se gargarise de son décorum wite trash, avec un Ed Harris – aussi flippant que dans History of Violence de David Cronenberg – en pseudo-mafieux local collectionneur de scarabées, ou la soupirante de Lou/Kristen Stewart sortie d’un film de John Waters. On peut y voir une redistribution de cartes bien connues (les flash rougeoyants et les trouées de violence évoquent forcément le style de Nicolas Winding Refn), mais à l’inverse de Saint-Maud, on ne sait jamais vraiment où l’on va, jusqu’à sa conclusion s’autorisant en toute décontraction une pointe de fantaisie et d’immoralité. J.M.
12 juin 2024 en salle | 1h 44min | Romance, ThrillerDe Rose Glass | Par Rose Glass, Weronika Tofilska Avec Kristen Stewart, Katy O’Brian, Anna Baryshnikov |
12 juin 2024 en salle | 1h 44min | Romance, Thriller


