L’ascension irrésistible d’un trafiquant d’armes dans le monde du crime, aux quatre coins du monde, au gré des guerres et des luttes de pouvoir, ses trahisons, ses amours, et la traque que lui mène sans relâche un agent du FBI qui a juré sa perte…
Le cinéaste Andrew Niccol a toujours clamé avoir été insatisfait de son précédent film S1m0ne sous prétexte que son déroulement fictionnel ne correspondait pas à ses attentes (dans la version originale, le personnage d’Al Pacino finissait sur une chaise électrique). Les terribles lois du politiquement correct et du consensus mou ont quelque peu entaché son projet. C’est pour cette raison que Lord of war a été entièrement produit par des Européens et que de fait, il n’y a pas un seul centime hollywoodien.
Ce n’est que lorsque l’on voit le film que l’on comprend mieux les raisons : Lord of war est une œuvre viscéralement pessimiste, cynique, méchante, pour ne pas dire nihiliste, qui prend pour protagoniste un salaud (Nicolas Cage) qui va s’enrichir sur le trafic d’armes. Dans un rôle secondaire de flic vertueux, Ethan Hawke incarne la morale de l’histoire : son personnage traque sa proie nuit et jour afin de le coincer mais ne dispose pas des moyens et du pouvoir adéquats pour le mettre à mal parce que c’est un mal nécessaire. C’est là que Lord of war devient une parabole sinistre sur les horreurs du capitalisme et trouve ses limites (une tendance à la démonstration).
Sur un schéma a fortiori usé (grandeur et décadence), Niccol cloue au piloris toute forme d’émotion pour brosser le portrait d’un cœur de pierre à la fois vénal et inconscient, égoïste et inhumain. Le but clairement affiché est de ne rendre à aucun moment son protagoniste plus sympathique qu’il n’est pas. La première partie, avec ses effets de mise en scène stylisés et sa bande-son pétaradante, entretient le doute jusqu’à ce que finalement on se rende compte que tout fonctionne tel un trompe-l’œil.
Le résultat a le mérite d’être sans équivoque : on n’a pas vu un personnage de fiction décrit avant tant de haine depuis le journaliste joué par Robert Downey Jr. dans Tueurs nés (Oliver Stone, 92). Avec Lord of war, l’inquiet Andrew Niccol fait humer le purin existentiel d’un homme dépourvu de tout scrupule comme de tout sens moral. Pervers et contre tous.

