« Les Huit Montagnes » de Charlotte Vandermeersch et Felix Van Groeningen: un grand bol de camomille pour tout le monde

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On s’est connu, on s’est reconnu, on s’est perdu de vue, on s’est r’perdu d’vue, mais on a surtout partagé un délicat moment Nutella devant Les Huit Montagnes (Le Otto Montagne), signé Felix Van Groeningen et Charlotte Vandermersch et adapté du livre de Paolo Cognetti. Ce film proustien (Proust était bien une marque de madeleines citronnées confectionnées avec l’amour des anciens, non?) raconte l’histoire de Pietro, enfant de la ville un peu effacé, et sa rencontre avec Bruno, rat des champs vivant dans un coin reculé du Val d’Aoste, carte postale idéale pour garder ses ruminants et raffermir son fromage. Et disserter longuement sur ce qu’est une vie digne d’être vécue, sur fond de traité d’apprentissage entre les générations. Vous les jeunes, vous ne pouvez pas comprendre la chance que vous avez. Tu vas voir, tu vas sentir, la pâte en train de dorer, l’odeur qui sort du four… C’est bon, mais c’est chaud!

Les deux mômes se retrouvent chaque été et évoquent ensemble ce qui les réunit, mais surtout ce qui les distingue. Imprévisible qu’elle est, la vie va les éloigner, les séparer, les rassembler, Pietro sera amené à parcourir le monde là où Bruno restera solidement attaché à sa terre (à l’âge adulte, les deux adopteront une barbe fournie, terrain d’entente capillaire entre les vikings et les hipsters). Une voix off pas très heureuse racontera les hauts et les bas de cette relation faite de proximité et de défiance, d’amour et d’amitié, d’engueulades et de rabibochages gros comme ça, de ces petits riens qui font que la vie vaut d’être vécue, par-delà les différences et les background familiaux… Le tout se fera avec des personnages pas très développés et dans une ambiance plus proche du sérieux papal que de la comédie tognazzienne.

Jusque-là, nous n’avons pas dit grand-chose du film et ce petit ton snob (notre caractéristique) pourrait laisser entendre qu’on a passé un mauvais moment. Ce n’est pas tout à fait le cas, le film se laissant regarder non sans mal, bien aidé par une photo sublime et par un sound design de folaïe: on n’a pas assez dit à quel point les Italiens, de Lazzaro felice à Martin Eden en passant par le travail de Luca Guadagnino (Bones & All) ou du récent Il Buco, étaient des techniciens hors pair, capables d’obtenir un rendu (désolé pour ce terme très moche) des plus immersifs et sophistiqués. Mais l’argument technique est également ce qui flingue ce long-métrage de 2h27: à vouloir filmer chaque étalage de beurre sur sa tartine matinale comme un sommet d’intensité dolanienne, à nous saupoudrer de folk inrockuptisante chaque ellipse temporelle qu’on imagine importante (déjà qu’on n’est pas dingues de Sufjan Stevens), à trop faire de sa délicatesse un argument livré clefs-en-mains pour les journalistes, le film risque quand même de diviser le monde entre les adeptes du filtre Instragram Amaro en 2010 et les autres. G.R.

21 décembre 2022 en salle / 2h 27min / Drame
De Charlotte Vandermeersch, Felix Van Groeningen
Scn Paolo Cognetti, Charlotte Vandermeersch
Avec Luca Marinelli, Alessandro Borghi, Filippo Timi
Titre original Le Otto Montagne

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