Conte de la folie ordinaire. Valeria est enceinte et in love de son mec. A seulement 17 ans, elle a décidé́ avec son petit ami de garder l’enfant. Très vite dépassée par ses nouvelles responsabilités, elle appelle à l’aide sa mère Avril, installée loin d’elle et de sa sœur. À son arrivée, Avril prend les choses en mains, et remplace progressivement sa fille dans son quotidien… Jusqu’à franchir la limite.
La main sur le berceau. Disciple du cinéma achtung achtung qui a ses fans comme ses détracteurs, le jeune réalisateur mexicain Michel Franco surprend (un peu) avec Les filles d’Avril qui, en dépit de son sujet potentiellement dérangeant, ne cherche pas tant à en mettre plein la gueule à grands renforts de scènes spectaculaires qu’à instiller le trouble, le poison doucereux. C’est pourquoi ce film a des allures de conte cruel de la folie ordinaire, quelque chose qui serait de l’ordre « c’est-arrivé-près-de-chez-vous » et qui ne tombe jamais dans la démonstration, le symbolisme ou le moralisme froid.
Ainsi, une femme (Emma Suárez, ancien amour de L’écureuil rouge de Julio Medem, récemment revue dans Julieta de Pedro Almodovar), mère de deux filles (une de 17, une de 34) va devenir mère-grand: celle qui a 17 ans est enceinte et épanouie dans son jeune couple; celle qui a 34 ans est mutique, ravagée par la solitude et assaillie par la tristesse. Pour des motifs au départ obscurs, la première ne voulait pas que cette mère, souvent absente, soit au courant de sa grossesse mais à cause du coût et de la responsabilité qu’un enfant représente, elle se résout à l’appeler. Ainsi, Avril (oui, c’est le prénom de la mère) s’installe, apparemment désireuse d’aider ses enfants, mais avec l’arrivée du bébé, son comportement change et les réticences de la jeune femme à lui demander de l’aide se justifient de plus en plus.
Comme toujours, la mise en scène chez Franco est impressionnante d’apparente impassibilité, au cordeau. Ce qui fascine ici, c’est la dérive de la mère égoïste, sorte de Gorgone qui décide de refaire sa vie flinguée comme une seconde jeunesse, une fois encore au détriment de ses deux filles – grosso modo, elle veut redevenir mère et non devenir grand-mère. C’est d’autant plus dérangeant que l’on comprend du coup tout un passé lié au rapport des filles avec cette mère via les dérèglements perceptibles (l’une est hyper-sexuée, l’autre asexuée) et que de fait cette dérive est parfaitement crédible puisque cette monstruosité-là n’est jamais surlignée. Une finesse dans la psychologie, une justesse dans le comportement et un dosage dans la dramaturgie qui devraient probablement séduire ceux qui jusqu’ici était réfractaires aux précédents – et pourtant balèzes – longs métrages de Michel Franco.

