C’est peu dire que Les cinq diables de Léa Mysius, nouveau long métrage de la réalisatrice de Ava, nous a plongé dans un abime de perplexité. On y suit Vicky (Sally Dramé), petite fille étrange et solitaire, qui a un don: elle peut sentir et reproduire toutes les odeurs de son choix qu’elle collectionne dans des bocaux étiquetés avec soin. Elle a extrait en secret l’odeur de sa mère, Joanne (Adèle Exarchopoulos), à qui elle voue un amour fou et exclusif, presque maladif. Un jour, Julia (Swala Emati), la sœur de son père, fait irruption dans leur vie. Vicky se lance dans l’élaboration de son odeur. Elle est alors transportée dans des souvenirs obscurs et magiques où elle découvrira les secrets de son village, de sa famille et de sa propre existence… Mon tout donne un film qui questionne la rédaction (et c’est ça aussi qui est bon).

Voilà l’objet de plus retors et le plus difficile à saisir des films de la rentrée. Plutôt que d’enfanter un remake confortable d’Ava, la jeune cinéaste (et scénariste déjà chevronnée d’Audiard, Desplechin et Claire Denis) est allée puiser dans le conte fantastique empilant les différents genres une histoire bien ambitieuse. Le résultat est à la fois déroutant (en témoigne cette ouverture sur cours d’aquagym dispensé par notre Adèle en claquette à des petites vieilles souhaitant raffermir leurs fesses), narrativement bien amené (on suit l’intrigue avec plaisir et attention, du moins dans la première partie), et il n’affiche pas ce sérieux papal qui sévit trop souvent dans un jeune cinéma d’auteur français pas vraiment connu pour être rock’n’roll. Après C. Jérôme dans Nos Cérémonies, de Simon Rieth, on y entend d’ailleurs un titre de Bonnie Tyler et Kareen Antonn qui va nous trotter dans le cortex encore quelques jours (“Et j’ai tant besoin de toi… Et j’ai tant besoiiinnnn de ta voix”). On sent aussi chez la cinéaste une réelle envie de s’essayer au genre qui va plus loin qu’un chic name dropping pour une capsule Konbini. Mais quelque chose cloche dans ce récit structuré en flash-back: alors que le spectateur comprend au fur à mesure les petites motivations et jalousies qui expliquent la condition d’untel ou d’untel (mais pourquoi la joue droite de Daphné Patakia est-elle brûlée?), il n’est pas toujours secoué par les révélations qui se font jour (sa brûlure provient… ATTENTION SPOILER… d’un incendie). Spectateur qui peut avoir un peu l’impression d’avoir un décalque de Titane sous les yeux: d’abord une forme – parfois brillante et toujours dynamique – puis un scénario, un peu filandreux, qu’on tente hâtivement de raccorder à la chose… Le film est assez bizarroïde – d’ailleurs, il y a débat dans notre équipe pour identifier qui sont les 5 Diables en question – et appelle à être très aimé ou très détesté. G.R.
31 août 2022 en salle / 1h 35min / Comédie dramatique, Fantastique, Drame, ComédieDe Léa Mysius Par Léa Mysius, Paul Guilhaume Avec Adèle Exarchopoulos, Sally Dramé, Swala Emati |

31 août 2022 en salle / 1h 35min / Comédie dramatique, Fantastique, Drame, Comédie