Deux amis, l’ambitieux Svend et Bjarne le rêveur, décident de monter leur propre boucherie afin d’échapper à un patron étouffant. La clientèle se fait rare jusqu’à ce que leur ancien employeur les mette à l’épreuve en leur offrant d’organiser le dîner du Rotary Club. La chance tourne à la suite d’un malencontreux accident qui permettra à Svend d’offrir, une recette « sauce maison », une viande à la saveur très originale mais à l’approvisionnement plus que délicat…
Il faut toujours se méfier des bêtes de festival (films qui ont été sélectionnés aux quatre coins du globe et qui, quand on les découvre, provoquent un effet de baudruche). Avec cette histoire de bouchers qui servent de la viande humaine à leurs (vieux) clients, Les bouchers verts (qui doit rêver d’un remake américain comme le bien plus enthousiasmant Cops, de Josef Fares) possédait un sujet fort en gueule et laissait promettre un ensemble réjouissant qui pratique l’humour noir, détourne les conventions et joue sarcastiquement avec la morale. On espérait trop. En empruntant des détours scénaristiques trop lourds pour être digestes (le frère jumeau attardé qui se réveille de son coma), l’aspect corrosif est régulièrement contredit par la mollesse des situations. La cruauté et l’aspect macabre restent au second plan d’un mélo geignard qui avec sa bande-son pompeuse et son manque de naturel écrase toutes les féroces intentions du réalisateur. Toute la misanthropie de départ est ainsi annihilée par un positivisme déchaîné et niais.
Les comédiens déjà aperçus dans d’autres films danois prestigieux (Les idiots, Reconstruction…) sont doués mais leurs personnages obéissent à de tels stéréotypes qu’ils peinent à les incarner. Malgré deux ou trois passages tordants (dont un reportage télé sur des Danois portés disparus), Les bouchers verts reste un pétard mouillé, sans mise en scène, qui se fantasme sans doute quelque part entre Delicatessen et Mary à tout prix.

