[Critique] Lenny And The Kids (Go Get Some Rosemary) des Sadfie bros

Après The Pleasure of Being Robbed, qui fonctionnait beaucoup sur un charme de bulle de savon, Benny et Joshua Safdie creusent avec leur modestie coutumière le sillage d’un cinéma indie New-Yorkais micro-sismique en retrouvant leur actrice Eleonore Hendricks, en attrapant au vol les fils des Sonic Youth et en proposant un cameo à Abel Ferrara. En dépit des apparences, Lenny and the Kids (Go get some Rosemary) vaut mieux qu’un précipité branchouille. Nue de sensiblerie, l’histoire est légère comme le vent, portée par de beaux regards et de belles mains, avec des rencontres spectrales et des micro-événements. La force réside dans ce portrait de père divorcé loser, paumé dans le bouillonnement de la mégapole, qui tire le meilleur d’une vie de merde, en devenant pour ses deux fils un père multifonction tantôt autoritaire par obligation, tantôt bon copain afin de masquer sa peur de les perdre et de les décevoir. Comme dans le précédent, on pense beaucoup à la Nouvelle Vague, à la veine Behaviouriste, au néoréalisme italien (un individu désarmé face aux injustices sociales) et au cinéma américain des années 70 (Wanda, de Barbara Loden). On n’y explique rien, on montre juste des mouvements, des fragments, des tranches de vie comme des flammes dans un paysage sombre.

Certes, il y avait tout pour s’abîmer dans l’arnaque arty post-Cassavetes. Mais la simplicité du scénario, la caméra au poing, la justesse des interprètes, la poésie du quotidien, les monologues muets, l’éclat du non-événement, la sincérité à fleur de peau, le spleen de plomb, les larmes qui ne coulent pas, la discrétion de la démarche et la pudeur qui émane de ce flottement mélancolique confirment qu’il y a quelque chose de plus profond chez les frères Safdie. C’est du cinéma rêche, visant à l’épure et procédant d’une vision du monde dont tout découle, de la durée des plans à la direction d’acteurs en passant par la parole rare de gens qui ne sont jamais dans le discours (les gestes suppléent souvent aux mots employés maladroitement). A la fin, il y a une phrase («When Fun is a responsability») qui arrive comme si de rien n’était, qui crève le cœur et donne une grâce inouïe à tout ce qui a précédé. Rien que pour ça et plein d’autres détails.

Les articles les plus lus

spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
Après The Pleasure of Being Robbed, qui fonctionnait beaucoup sur un charme de bulle de savon, Benny et Joshua Safdie creusent avec leur modestie coutumière le sillage d'un cinéma indie New-Yorkais micro-sismique en retrouvant leur actrice Eleonore Hendricks, en attrapant au vol les fils...[Critique] Lenny And The Kids (Go Get Some Rosemary) des Sadfie bros
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!